Cinq anciennes nageuses artistiques dénoncent le climat toxique et les abus physiques et psychologiques dont elles ont été victimes lors de leur passage au sein de l'équipe nationale du Canada.
Ces anciennes athlètes de nage synchronisée, comme on appelait cette discipline avant, ont d’ailleurs intenté une action collective contre leur ancienne fédération.
Elles allèguent avoir été victimes d’intimidation, d’abus de toutes sortes et d’harcèlement psychologique pour perdre du poids afin d’être les plus minces possible.
Au moins cinq entraîneurs, dont la réputée Julie Sauvé, sont pointés du doigt.
Ce climat toxique a été en place pendant de nombreuses années.
En entrevue avec Bernard Drainville, Chloé Isaac, membre de l’équipe nationale de 2005 à 2014 qui a participé aux Jeux olympiques de Londres en 2012, a témoigné des séquelles qu’elle a gardé de cette période.
«Dès que j’ai commencé avec l’équipe nationale senior, à 17 ans, il s’est tout de suite installé un climat d’oppression et toxique. Ce qui était demandé de nous était complètement déraisonnable. On avait des poids arbitraires (à atteindre) qui nous étaient attribués et on avait trois avertissements si on ne faisait pas ce poids lors de la compétition. On était sur un siège éjectable. J’ai eu des épisodes de dépression où j’étais vraiment en détresse psychologique»
«J’ai développé des troubles alimentaires et ça m’a pris plusieurs années à m’en sortir. J’ai consulté plusieurs thérapeutes. Quand j’ai terminé la synchro, il a fallu que je me reconstruise. Je continue d’avoir des cauchemars quelques fois par mois avec Julie Sauvé»
On connait tous le profond attachement qui unissait la championne olympique Sylvie Fréchette à son entraîneure, Julie Sauvé.
Elle lui a d'ailleurs rendu un vibrant hommage lorsque Julie Sauvé est décédée dans son sommeil le 7 avril dernier, à l'âge de 67 ans.
Pourtant, Sylvie Fréchette a confié qu’elle n’était pas surprise par ces révélations et elle estime que cette dénonciation est importante et nécessaire.
«Malheureusement, je ne suis pas surprise du tout. Une personne n’est pas tout noir ou tout blanc. Je trouve dommage que Julie se trouve au milieu de ça. Mais je pense que c’est nécessaire. Dans les années 1980, les méthodes étaient très différentes. On comprend aujourd’hui que c’était inacceptable. Mais il semble que ces comportements aient perduré. Ce que je trouve fou, c’est que les plaintes ont été faites, mais elles n’ont pas été appliquées»
«Est-ce que moi je traîne des séquelles de tout ça? Oui. J’ai eu des troubles alimentaires. J’essaie aujourd’hui d’accepter que je mesure 5 pi 11 po et que je pèse plus que 130 livres et que j’ai une poitrine. Que c’est beau une femme en santé, avec des courbes»
«Julie était une entraîneure extraordinaire, elle avait des qualités techniques exceptionnelles, mais elle avait des côtés plus sombres qui se doivent d’être adressés parce que ce n’est pas seulement Julie. C’est la culture du sport qu’il faut changer»