Dans une entrevue exclusive, le Montréalais Ismael Habib a accepté de se confier au journaliste d’enquête Fabrice de Pierrebourg.
Il témoigne pour la première fois depuis sa condamnation à 9 ans de prison, en septembre 2017, pour avoir voulu quitter le Canada afin de rejoindre le groupe Etat Islamique en Syrie.
Le Canada devrait-il mettre sur pied un programme carcéral pour désengager les détenus radicalisés? Notre collègue a abordé la question avec Habib.
« On va se dire les vraies affaires : le fédéral ne m’a offert absolument aucun programme, aucun outil pour réintégrer la société, pour me désengager. Après, il y a la volonté de tout un chacun. Moi, j’ai cette volonté de travailler sur moi, d’entreprendre des projets constructifs dans ma vie.
« La question à se poser, c’est comment désengager un détenu radical ou perçu comme radical islamique. La réponse est simple, c’est de donner de la chaleur humaine, de faire sentir qu’il est chez lui au Canada. De ne pas le déshumaniser et de reconnaître ses efforts... »
Service correctionnel Canada (SCC) a confirmé à notre collègue Fabrice de Pierrebourg qu’il n’y avait à ce jour aucun programme spécifique en place pour les détenus accusés de terrorisme, contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays occidentaux.
Le fédéral estime que les mesures en place, dont les analyses de risques et « du renseignement de sécurité », sont efficaces pour gérer ces détenus « qui posent des défis uniques en raison de leurs motivations idéologiques » et protéger la société à leur sortie de prison.
Ismael Habib a été suivi, à sa demande, par un imam qui lui a fait ce qu'on pourrait qualifier de «rééducation religieuse». Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence a bâti un programme sur mesure en fonction de son profil. Il s'agit toutefois, dans les deux cas, d'initiatives personnelles du trentenaire.
Habib aurait pu demander à deux reprises d'obtenir une libération conditionnelle, mais il ne l'a pas fait. Il pourrait sortir de prison d'ici un an.
Il est le premier Canadien à avoir été condamné en vertu d’un article ajouté en 2013 code criminel qui punit ceux qui tentent de quitter le pays pour participer aux activités d’un groupe terroriste.