MONTRÉAL — Le monde de la boxe québécoise a vécu de grandes émotions en 2018, mais pas toujours pour les bonnes raisons.
Si les amateurs de boxe se sont délectés des triomphes d'Eleider Alvarez et de Marie-Ève Dicaire, ils ont par contre été déçus de la dernière sortie de Jean Pascal. Et l'année se termine dans l'inquiétude pour la boxe québécoise, alors qu'on ne sait toujours pas dans quel état se trouve Adonis Stevenson, lui qui a été plongé dans un coma artificiel au début décembre.
Stevenson aux soins intensifs
Le Montréalais de 41 ans se trouve toujours à l'hôpital de l'Enfant-Jésus de Québec, où il est traité pour un grave traumatisme craniocérébral qui le laissera sans doute avec des séquelles, selon son médecin traitant, le Dr Alexis Turgeon.
Terrassé par un violent K.-O. au 11e round de son combat de championnat des mi-lourds du World Boxing Council (WBC) par Oleksandr Gvozdyk le 1er décembre, l'avenir de Stevenson est en suspens.
Les spectateurs au Centre Vidéotron et les téléspectateurs qui ont vu le combat à la télé à la carte ont sans nul doute assisté à la plus triste fin de carrière qui soit pour celui qui détenait la ceinture depuis plus de cinq ans.
La fin pour Pascal?
En plus d'assister à la fin de carrière d'Adonis Stevenson, les amateurs ont possiblement vu le dernier combat de Jean Pascal.
La performance qu'il a offerte face à Dmitry Bivol pour le titre des mi-lourds de la World Boxing Association (WBA), en novembre, en a laissé plus d'un perplexe.
Pascal était lent et n'a pas été en mesure de marquer des points, voire d'ébranler son adversaire avec ses contre-attaques incisives dont il avait le secret.
Le Lavallois de 36 ans a paru complètement dépassé par les événements lors de ce combat. Sa seule autre sortie de l'année, un «événement croisé» contre le spécialiste des arts martiaux mixtes Steve Bossé, n'a pas créé l'engouement escompté.
Année douce-amère chez Eye of the Tiger Management
L'année 2018 a été difficile pour Eye of the Tiger Management. Son grand espoir chez les lourds, Simon Kean, a d'abord subi une défaite sans appel, se faisant passer le K.-O. par Dillon Carman, le 6 octobre. Puis, David Lemieux a de nouveau failli à respecter le poids limite pour son mégacombat prévu le 15 décembre, en préliminaires au choc-Canelo-Fielding.
«Cette défaite de Simon Kean, elle a été très surprenante pour moi. Je ne m'attendais pas à ce qu'il perde, surtout contre lui, a dit Camille Estephan, président d'EOTTM. Il a appris. Quant à Lemieux, j'espère qu'il a appris que c'est difficile pour son corps de se battre à 160 livres.»
Quelques semaines plus tôt, le promoteur et l'entraîneur Stéphan Larouche se sont séparés en raison de différends philosophiques. Larouche entraînait quelques-uns des plus beaux espoirs de l'organisation, dont Batyr Jukembayev, chef de file de la «filière kazakhe» du groupe.
«Moi, je trouve que le divorce avec Stéphan Larouche est très positif pour nous, a insisté Estephan au cours d'une conférence de presse à la mi-décembre. Parfois, il faut prendre des décisions. Ce n'est pas une pierre que je lance à quelqu'un, mais il fallait prendre une décision pour notre équipe, pour noter futur. Il n'y a rien qui arrive pour rien dans la vie.»
Or, il appert que la décision d'EOTTM n'ait pas fait l'affaire de Jukembayev et de quelques autres compatriotes, qui ont décidé de continuer de faire confiance à Larouche. Résultat: Jukembayev semble maintenant persona non grata chez EOTTM, qui aurait décidé d'opposer Mathieu Germain — un autre espoir de l'organisation — à Jukembayev. Une stratégie risquée, s'il en est une, de montrer la sortie au jeune boxeur de 27 ans. Depuis, le Kazakh aurait exprimé le désir de «rebâtir les ponts» avec son promoteur à son retour au pays, au début janvier. À suivre.
À ce conflit, il faut aussi ajouter celui qui oppose EOTTM à Custio Clayton. Alors qu'on était sur «la voie rapide» vers un championnat du monde, Clayton et EOTTM ne s'entendent plus et la carrière de ce dernier et maintenant sur la voie d'accottement.
Estephan estime toutefois que tout n'est pas que grisaille dans le ciel d'EOTTM.
«Yves Ulysse a brillé de tous ses feux au Madison Square Garden; nous avons recruté de très bons boxeurs; nous nous sommes établis dans plusieurs marchés; et nous avons percé au Casino de Montréal, qui assure que nos gars demeurent actifs. Mais la chose la plus positive pour moi, ce sont nos cotes d'écoutes à la télévision et sur notre plateforme de visionnement en continu, Punching Grace.»
Alvarez et Dicaire: nouveaux champions
Si la boxe québécoise a perdu un titre, elle en a gagné deux autres.
Eleider Alvarez a causé l'une des plus grandes surprises de la boxe en 2018 en passant le K.-O. à Sergey Kovalev au septième round de leur combat de championnat des mi-lourds de la World Boxing Organization (WBO), le 4 août dernier. Les deux hommes croiseront de nouveau le fer le 2 février prochain, au Texas.
Puis, Marie-Ève Dicaire est venu mettre un baume sur cette soirée du 1er décembre en ravissant le titre des super-mi-moyennes de l'International Boxing Federation (IBF) à l'Uruguayenne Chris Namus.
Quant à Artur Beterbiev, le champion des mi-lourds de l'IBF, il a été peu actif en 2018, ne livrant qu'une seule défense de titre, en octobre. Il a alors stoppé Callum Johnson au quatrième round.