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Devant 14 000 spectateurs

La gigantesque séance d’écoute de Peter Gabriel

La gigantesque séance d’écoute de Peter Gabriel
Peter Gabriel au Centre Bell, mercredi soir / Patrick Beaudry/SNAPePHOTO
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Lyon, 12 juillet 2007. Dans les loges du stade de Gerland, je cause avec Tony Banks et Mike Rutherford pendant que Phil Collins se prélasse, trois heures avant le concert de Genesis dans cette ville, à quelques semaines de leur retour – triomphal – au Stade olympique de Montréal.

Une question s’imposait: avez-vous demandé à Peter Gabriel de se joindre à vous? Banks et Rutherford m’expliquent que tous les membres de Genesis (incluant Steve Hackett) étaient à un concert 18 mois plus tôt et qu’ils ont discuté de la chose. Gabriel a décliné l’offre, prétextant qu’il était en train de faire un nouveau disque.

«Ce nouvel album, on l’attend toujours», avait alors lancé Banks, avec ironie.

Retour vers le futur, au 13 septembre 2023. Si l’on parle d’un album de compositions originales de Peter Gabriel, force est d’admettre que la réponse de Banks offerte il y a 16 ans tient toujours…  Scratch My Back (2010) et New Blood (2011) étaient des albums de reprises et de relectures.

La séance d’écoute

Depuis le début de l’année, les nouveaux titres de Gabriel ont été diffusés au compte-gouttes – un par mois – sur son site web et ils sont disponibles sur des plateformes d’écoute. Parcimonie, donc.

En revanche, l’actuelle tournée ressemble par moments à une gigantesque séance d’écoute. Mercredi, 14 000 spectateurs réunis au Centre Bell ont entendu près d’une douzaine de nouvelles chansons, soit la moitié du concert fort généreux près de trois heures, court entracte de 15 minutes inclus.

Gabriel, ses fidèles Tony Levin (basse), David Rhodes (guitares), Manu Katché (batterie) ainsi que leurs collègues ont donné le ton en formant un bivouac pour les deux premières chansons (Washing of the Water, Growing Up), le genre de chose que l’on voit d’ordinaire à mi-parcours d’un concert où quand on veut faire retomber le mercure. Il est comme ça, Gabriel. Il ne fait pas comme les autres...

Peter Gabriel et son groupe/Patrick Beaudry/SNAPePHOTO

Source: Peter Gabriel et son groupe/Patrick Beaudry/SNAPePHOTO

Ses nouvelles chansons parlent de la vie, de la mort, de la Terre, de notre rapport à cette dernière et à notre environnement. Également de nos relations interpersonnelles et de l’interconnectivité entre toutes les choses. Input et output, comme on dit en anglais. Ou i/o, ce qui est devrait être le titre de l’album en attente.

Nous avons donc plongé avec lui dans ses nouveautés: Panopticom avec son aura mystérieuse pendant que tous les musiciens étaient observés par un œil géant sur l’écran circulaire; Four Kinds of Horses avec un décompte précédant une explosion qui a transformé les visuels du positif au négatif; i/o avec son refrain dynamique…

Même Digging In the Dirt – une ancienne au bataillon, remuante au possible avec le solo de David Rhodes – semblait cadrer parfaitement avec l’intention de Gabriel, soit de nous raconter une histoire, sa vision. Chaque chanson était précédée d’une intervention – en français – de l’artiste avec des détails relativement à la genèse de l’œuvre ou des créateurs des vidéos qui accompagnaient l’ensemble.

L'espace-temps

Dans cet environnement où le temps avait une importance capitale, celui-ci s’est comme figé lors de la magique Playing For Time illuminée par le violon de Marina Moore, le violoncelle d’Ayanna Witter-Johnson et un Gabriel avec une voix encore puissante à 73 ans. Olive Tree, peut-être la nouveauté dont les effluves sonores nous rappellent le plus la période 1986-1992 (albums So et Us), a vu sa rythmique spontanément soutenue par les spectateurs. This Is House était parée d’un visuel extraordinaire où les bibliothèques remplies de livres étaient accompagnées de services de table et de petits plats, pendant que la trompette de Josh Shpak colorait le tout. Une version dynamitée de Sledgehammer a conclu la première partie dans ce qui semblait un exutoire pour certains.

La deuxième partie a été charpentée de façon différente. Pas mal de nouveautés là aussi, mais pratiquement une alternance entre les nouveau-nés et les classiques. Cela dit, les enchaînements se faisaient sans heurts.

À la hauteur de Kate

Don’t Give Up a été un chef-d’œuvre avec Witter-Johnson qui s’est substituée à la perfection à Kate Bush. Un grand moment. Red Rain a fait la part belle au violon de Moore et à la batterie de Manu Katché. Gabriel a dédié And Still à sa mère, la nouvelle composition étant parsemée de touches d’ivoire du chanteur ainsi que d’élans de cordes et de flûte traversière. Très joli.

Tony Levin s’est drôlement fait plaisir lors d’une Big Time lourde et trépidante à souhait, Live and Let Live s’est avérée être une révélation et Solsbury Hill, impeccable, a ramené autant Gabriel que les spectateurs dans leur jeunesse. Une excellente In Your Eyes et l’incontournable Biko, qui aurait pu être écrite en cette époque du Black Lives Matter, ont conclu le tout avec panache.

Parlons, en terminant, de l’éléphant dans la pièce, ici, le volume phénoménal de nouvelles chansons (11 sur 22). Est-ce trop, quand on sait qu’un artiste fait jouer de quatre à six nouvelles chansons lors d’une tournée avec un nouveau disque?

Il est évident que certains spectateurs ont pu déplorer l’absence de Games Without Frontiers ou Shock the Monkey, par exemple. Mais à en juger par la qualité d’écoute de ces derniers lors des nouvelles compositions, visiblement, le public montréalais qui vénère l’archange Gabriel depuis des décennies était plus que prêt à donner la chance au coureur à celui qui a transformé le Centre Bell en salle d’écoute.

Et puis, Gabriel, visiblement, a gagné son pari. Après The Court, j’ai entendu le spectateur derrière moi dire: «Je vais aller l’acheter ce disque, quand il va sortir.»

Peter, tu sais ce qu’il te reste à faire…

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