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98.5 Sports
Un éditorial de Jeremy Filosa

La grande noirceur du sport professionnel montréalais

La grande noirceur du sport professionnel montréalais
Jeremy Filosa se désole de la scène sportive montréalaise
98.5 Sports

Si vous me connaissez un peu, vous savez que je travaille comme journaliste sportif à Montréal depuis 23 ans. J’ai débuté au printemps 1999 avec le début de la saison de la MLB. 

Depuis, j’ai touché à tout. Six saisons avec les Expos, plus de 20 saisons aux Canadiens, une douzaine d’années aux Alouettes, une quinzaine avec l’Impact, en plus de couvrir d’autres évènements d’ici comme des combats de championnat du monde de boxe, quelques galas UFC, la Coupe Rogers, le Grand Prix, du Nascar et quelques tournois de golf de la PGA. J’ai été très chanceux!

À mes débuts, on remplissait nos émissions sportives en parlant des circuits de Vladimir Guerrero, des exploits du Canadien, des prouesses offensives des Alouettes, des matchs internationaux de soccer comme la venue de l’AC Milan à Montréal, des duels de boxe comme celui entre Jean Pascal et Lucian Bute, ou de la fulgurante course entre Michael Schumacher et Jacques Villeneuve. Du sport, en voulez? Il y en avait en masse. Les gens d’ici suivaient plusieurs sports.

Mais depuis, un sérieux ralentissement s’est établi et la tendance nous a emmenés dans l’énorme noirceur que nous vivons aujourd’hui.

Le sport semble avoir perdu de sa popularité à Montréal et personne ne s’est levé pour sonner l’alarme.

Une descente aux enfers dont on ne voit pas la fin

Les projets associés aux sports professionnels n’ont plus la cote. On est loin des belles années sportives montréalaises d’antan. 

On peut débuter avec le Stade olympique qui attend toujours son nouveau toit. Vingt-trois ans après la première déchirure de la toile, nous ne sommes toujours pas en mesure de savoir quand exactement la toiture sera remplacée. Et cette problématique engendre d’autres impasses. Le système de son, l’éclairage et le terrain synthétique ne seront pas remplacés avant que ne le soit le toit.

C’est donc dire que plusieurs évènements potentiels ne peuvent pas s’y installer, sans oublier qu’il y a toujours le risque de report d’évènement advenant une accumulation de neige sur le toit.

Le stade sera rénové un jour, mais l’évènement qui devait relancer les activités au Stade après les travaux, la Coupe du monde de soccer 2026, a été abandonné par le gouvernement provincial. La volonté politique n’y est tout simplement pas, la vision non plus. Aux dernières nouvelles, Vancouver s’était offert pour remplacer Montréal comme ville hôte.

Dire que l’équipe nationale de soccer canadienne fait le tour du pays présentement dans leur conquête possible d’une place à la coupe du monde de soccer 2022, mais jamais Montréal n’a été considéré pour la présentation d’un match. L’équipe est plutôt allée jouer à Hamilton le mois dernier.

Le Tim Horton’s Field lui était adéquat pour recevoir ce type de match.

La disparition des Expos a laissé un grand vide

L’incapacité de faire construire un nouveau stade de baseball au centre-ville nous a coûté notre équipe de baseball. Encore une fois, c’est un Américain qui est venu ici mettre la main sur nos Amours.

Comme George Gillett pour le Canadien et Robert Wetenhall chez les Alouettes, personne d’ici n’a eu le courage de mettre la main sur ces franchises qui agonisaient et dont la valeur était à son plus bas.  

On se bat depuis 2004 pour retrouver nos Expos, mais on voit clairement que c’est plus difficile de retrouver une équipe perdue que de la conserver quand on l'a déjà. 

On peut dire sans trop se tromper, après une autre rechute du projet en janvier, qu’à moins d’un miracle, les Expos ne reviendront jamais. Même avant d’avoir dévoilé son plan pour le nouveau stade, le Groupe Projet baseball Montréal essuyait plusieurs critiques de ceux qui s’opposaient catégoriquement au projet, sans même en connaître les détails. Rien pour les encourager à continuer de foncer.

Difficile de comprendre, de prime abord, pourquoi un commissaire désirerait installer une équipe de sport ici au Québec, avec le climat qui règne actuellement.

Les récentes menaces du commissaire Gary Bettman en sont une autre preuve. Le grand patron de la LNH a menacé d’à nouveau retirer à Montréal le repêchage 2022. La LNH s’est ravisée mardi suite aux annonces du gouvernement Legault, indiquant tout de même que cette décision pourrait être à nouveau infirmée, advenant le retour des restrictions.

Les Alouettes à la recherche d’attention

Où sont passés tous les amateurs de la LCF d’il y a 20 ans? Qui ne se souvient pas des nombreuses salles combles au Stade Percival Molson à l’époque d’Anthony Calvillo et de ses acolytes Ben Cahoon et Mike Pringle?

Le Stade a même été agrandi par Larry Smith pour permettre à un plus grand nombre de partisans d’assister aux matchs. Malheureusement, depuis, les Alouettes n’ont plus jamais joué à guichet fermé. Les Alouettes travaillent très fort pour reconquérir le cœur des amateurs et des médias, mais c’est très difficile.

Peu importe ce que le club fait, ça ne semble jamais avoir assez d’importance pour exciter les gens, comme ce fut une fois le cas.

Pendant que la grande majorité des équipes de la LCF ont déménagé dans de nouveaux stades lors des dernières années, il n’y a aucun plan de construction de nouveau stade pour nos moineaux à l'horizon.

L'Impact, et maintenant le CF Montréal, en perte de vitesse

En 2009, alors que l’Impact était en USL, un match de Ligue des champions au Stade olympique avait attiré plus de 60 000 spectateurs. La ville était soccer et on pouvait sentir l’odeur de la MLS arriver. L’Impact a rempli le stade olympique à plusieurs reprises lors de matchs contre le Galaxy, lors de matchs d’ouverture, pour des matchs éliminatoires ou de Ligue des champions, où même pour des matchs internationaux organisés par le club.

Cette année, le CF Montréal aura la chance de se venger face au Santos Lagune en Ligue des champions, mais le buzz n’y est tout simplement pas. On peut mettre en partie le blâme sur la pandémie et les mesures sanitaires. Jusqu’à hier le club n’était pas en mesure d’en faire la promotion ou même de vendre des billets. 

Plutôt que d’avoir quatre mois pour mettre la table, le CFM devra faire le travail en deux semaines. Espérons de bonnes foules, mais ça va prendre un petit miracle pour exciter la population, et encore. Le club dispute présentement des matchs préparatoires qui ne peuvent même pas être vus par les partisans. Pis encore, la compétition pourrait même ne pas être présentée à la télévision, faute de diffuseur. On va se le dire, le travail de vente sera colossal. 

Avec la levée des restrictions, le Club de Foot a évité une catastrophe financière importante. Imaginez louer le Stade olympique pour y jouer devant une salle vide. Ça aurait été épouvantable pour le club.

Mais la réalité c’est que même avant la pandémie, en février 2020, l’Impact n’a pas été en mesure de remplir la moitié du stade pour son premier match de la Ligue des champions. 

Dans les dernières années, le club a fait plusieurs erreurs, dont notamment le changement de nom et de logo, mais le déclin avait déjà commencé bien avant. Le passage de Didier Drogba a fait en sorte de créer dans l’esprit des partisans, cet espoir d’un jour retrouver un autre joueur étoile, ce qui n’est jamais arrivé. On peut dire que la descente a débuté après son départ.

Lundi, à huit jours du premier match de la Ligue des champions de la Concacaf, nous n’étions que trois journalistes à assister au point de presse du club. Dire qu’il y a 10 ans, tous les grands médias montréalais possédaient un journaliste attitré à la couverture du club. Malheureusement la majorité d’entre eux ont abandonné le bateau pour couvrir autre chose. Un peu comme à la fin de l’épopée des Expos.

Le propriétaire Joey Saputo prend une grande part du blâme, reste que son projet d’agrandissement du Stade Saputo est sur la glace depuis plusieurs années, car des embûches au niveau municipal, de l’arrondissement et du Parc Olympique les empêchent de procéder. Sans ces améliorations, le Stade Saputo continuera de demeurer inutilisable durant les mois les plus froids de l’année.

L’avenir de l’équipe demeure inconnu. Trouveront-ils une solution pour procéder avec les travaux nécessaires au Stade Saputo? Feront-ils construire un tout nouveau stade ailleurs? Où déménageront-ils d’ici quelques années? On ne le sait pas. 

Déjà, il y a quelques années le commissaire Don Garber contestait ouvertement la volonté politique et du milieu des affaires envers le sport à Montréal. C’est à se demander ce qu’il en pense aujourd’hui? Malheureusement, depuis quelques années, Don Garber refuse catégoriquement nos demandes d’entrevues pour parler du dossier de Montréal. 

Le Canadien en arrache aussi

Le Tricolore a beau avoir atteint la finale de Coupe Stanley l’été dernier, reste que ce qui se passe avec le club présentement est abominable. Le club ne fait pas que perdre, il se fait littéralement démolir soir après soir. 

Ceux qui pensent que Geoff Molson a des poches sans fond doivent s’en détromper. Financièrement, le Canadien souffre présentement. Sans spectateurs dans l’édifice depuis des semaines, les pertes sont énormes pour le club.

Si on parle de reconstruction possible, c’est peut-être aussi une décision dictée par les pertes de revenus. Dans un article du site The Athletic, des agents ont témoigné que plusieurs joueurs leur avaient déjà exprimé le désir de ne pas vouloir jouer à Montréal, pour toutes les raisons que l’on connaît.

Autant le CH est une religion au Québec, autant lorsque le club ne performe pas, les bancs vides commencent rapidement à faire surface au Centre Bell. Combien seront-ils  sur place après le 14 mars lorsqu’ils pourront enfin ouvrir à pleine capacité? Non, le Canadien n’est pas sorti du bois… ni de la pandémie.

Et les autres…

On voit aussi des difficultés au niveau de nos évènements sportifs d’occasion.

Les promoteurs de boxe locaux ont fait des pieds et des mains depuis deux ans pour tenter d’organiser des évènements, mais avec énormément de complications et de risques. Pourront-ils convaincre à nouveau les grands réseaux de prendre le risque de revenir ici pour des galas, avec la possibilité que tout soit annulé à la dernière minute? Lors de son dernier gala au Centre Bell, Groupe Yvon Michel a évité l’annulation de l’évènement par miracle.

Les deux prochains galas de boxe, autant de GYM que d’Eye of the Tiger Management, seront encore présentés à huis clos.

Montréal est aussi l'un des seuls arrêts du circuit de la Formule 1 à avoir annulé son Grand Prix deux années de suite, et personne ne peut nous confirmer qu’il sera de retour en 2022, advenant une autre vague. 

Mais même avant la pandémie, l’intérêt pour la F1 était dans un creux de vague et les organisateurs avaient revu leur grille de prix dans le but de convaincre à nouveau les partisans de revenir au circuit Gilles Villeneuve.

Surtout que l’épreuve de Nascar de Montréal n’existe plus depuis quelques années et que la Formule E s’est aussi fait montrer la porte de sortie il y a quelques années.

Du côté du Tennis, Eugène Lapierre parle depuis des années de la nécessité d’ajouter un toit au Stade IGA. Mais ce projet n’a pas bougé depuis. Pour rejoindre les autres grands tournois mondiaux et éviter les délais de pluie, un toit devient primordial à Montréal. Mais encore là, on n’y voit pas d’évolution.

La période la plus noire

Nous vivons présentement la période la plus noire de l’histoire moderne des sports professionnels à Montréal et on ne voit pas la lumière au bout du tunnel.

Souvenons-nous que c’est via le sport de haut niveau que nos jeunes se permettent de rêver d’être les prochains Carey Price, Jacques Villeneuve, Georges St-Pierre ou autres.

Si on veut bâtir une société saine, qui n’engorgera pas le système de santé, nos jeunes doivent bouger et surtout avoir des modèles sur lesquels se baser. 

Si on se compare aux autres grandes villes sportives d’Amérique du Nord, Montréal traîne de plus en plus de la patte. On laisse le sport de haut niveau nous filer entre les doigts sans que personne ne s’en offusque. L’image sportive de Montréal à l’international en prend un sérieux coup. Nous ne sommes plus considérés comme un marché important de sport sur notre continent.

Que restera-t-il de notre scène sportive après cette pandémie? Dieu seul le sait, mais sans volonté politique et de la communauté des affaires, notre sport ne fera que continuer de dépérir au détriment de notre santé mentale et physique. Ce qui laissera des traces pour des années à venir.

Alors c’est fait, je sonne officiellement le cri d’alarme, si quelqu’un veut bien l’entendre.

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