• Accueil
  • Ça ne pouvait que mal finir
98.5 Sports
Grand Prix d’Abou Dhabi

Ça ne pouvait que mal finir

Ça ne pouvait que mal finir

Ainsi donc, Max Verstappen est le nouveau champion du monde. Sur papier, c’est une très belle histoire : la fin d’un cycle, un vent de renouveau, un champion parfait pour renouveler (et rajeunir) le bassin des amateurs de F1 - mouvement déjà enclenché par le succès de la série Drive To Survive sur Netflix. Malheureusement, c’est plutôt un jour sombre pour la Formule 1, qui s’est encore ridiculisée.

Pourquoi «encore»? Réponse courte: Spa et Djeddah. Mais surtout, à cause d’une saison gâchée par l’incohérence des commissaires de piste, qui ont dit une chose et son contraire toute l’année; et par le directeur de course Michael Masi, tout aussi incohérent et imprévisible. On peut aussi ajouter incompétent. Masi a succédé au regretté Charlie Whiting et ce dernier a dû se retourner dans sa tombe plus d’une fois au cours de cette saison folle, où son leadership et sa clairvoyance auraient été essentiels.

Le pilote le plus rapide (10 pôles position contre 5 pour Hamilton) et le plus victorieux (10 victoires contre 8) l’a emporté. «Où est le problème alors?», demanderont ceux et celles qui ont suivi ça d’un œil, en périphérie. 

Le problème, c’est qu’on lui a donné la course. Littéralement. Remplacez Michael Masi par son prédécesseur et Lewis Hamilton célébrerait aujourd’hui son huitième championnat des pilotes, ce qui en aurait fait le «recordman» absolu à ce chapitre. 

Solution à la Salomon

Michael Masi a pris une décision pour ensuite changer d’idée, mais en optant pour une solution à la Salomon, qui a non seulement soulevé un tollé, mais était une réinterprétation - très personnelle - du règlement! Celui-ci stipule en effet que TOUS les retardataires doivent dépasser la voiture de sécurité avant la relance. Or, Masi a ordonné d’en laisser passer cinq. Je vous le donne en mille: les cinq qui se trouvaient entre le meneur Lewis Hamilton, et son second, Max Verstappen. Avec un tour à faire.

Le «crash» de Latifi est survenu au 53e des 58 tours. Mercedes n’avait aucune raison de faire entrer Hamilton, car il risquait de se retrouver derrière Verstappen à son retour en piste. À l’inverse, Verstappen n’avait rien à perdre en profitant de la présence de la voiture de sécurité pour chausser des pneus neufs. Mais il restait quand même un tampon de cinq voitures entre Hamilton et lui. 

Masi a décidé d’appliquer le règlement, grand bien lui fasse; mais il l’a «adapté». Si tous les retardataires avaient dépassé les meneurs et la voiture de sécurité, la course se serait terminée sous drapeau jaune et Hamilton serait le premier octuple champion du monde de la F1. Masi a plutôt choisi de réécrire l’Histoire à sa façon. Consternant.

Grâce à lui, la F1 a eu l’air d’un championnat régional de karting cette saison. Ou pire encore, d’un spectacle «arrangé» comme la lutte de la WWE. Comment peut-on prendre ce championnat au sérieux à partir de maintenant? 

Tristes souvenirs

On pensait avoir atteint le bas-fond à l’époque des magouilles de la Scuderia Ferrari lorsqu’elle était dirigée par l’infâme Jean Todt. Comme un mafieux, celui-ci régnait par la peur, forçant même les pilotes des écuries motorisées par Ferrari à ralentir les concurrents de Michael Schumacher. Celui-ci s’était par ailleurs fait une spécialité de sortir de piste ses opposants: il était impossible de le dépasser sans que ça finisse par un accrochage.

On pensait cette époque révolue à jamais, avec l’arrivée d’une génération de champions propres, au comportement plus sportif: Alonso, Raikkonen, Button, Vettel, Hamilton… Attention, aucun d’entre eux ne sera béatifié: ils ont tous eu leurs moments où ils ont joué un peu dur. Hamilton-Alonso dans la même équipe, en 2007, ce n’était pas toujours glorieux; Vettel et Webber, ça jouait dur aussi. Mais jamais ils ne sont descendus aussi bas que Michael Schumacher. Jamais. 

Et jamais un directeur d’écurie ne s’est comporté comme Jean Todt. Toto Wolff (Mercedes) et Christian Horner (Red Bull) en mènent large et se plaignent trop souvent; mais ils ne trichent pas ouvertement, comme le faisait Todt. 

Verstappen, nouveau Schumacher?

Max Verstappen, en revanche, a trop souvent ressemblé à Schumacher cette saison. Si j’avais des enfants, je ne voudrais pas qu’ils aient un intimidateur comme modèle. Dans l’univers du sport-spectacle, c’est bien d’avoir un bad boy, un vilain de service. Mais pas de là à ce qu’il soit impossible à dépasser. Schumacher a bien failli tuer – littéralement – Rubens Barrichello en Hongrie, en 2010; ce serait dommage que Verstappen fasse une victime avant que la FIA, les commissaires et les dirigeants de Red Bull ne se réveillent. 

Parce qu’un jour, ça va mal finir, c’est écrit dans le ciel. Lewis Hamilton avait l’intelligence et l’expérience pour ne pas tomber dans le panneau; et pourtant, cela n’a pas empêché les accrochages de Silverstone et Monza, qui auraient pu avoir des conséquences funestes. Je n’ose imaginer un duel entre deux jeunes coqs comme Verstappen et Leclerc, par exemple. Ou Sainz. Des pilotes au caractère bouillant avec un butor comme Mad Max, ça risque de dégénérer. Encore plus.

Le nouveau champion du monde aurait pu, et aurait dû, être couronné sans se comporter comme la réincarnation de Michael Schumacher. En 2021, il a été le meilleur pilote: le plus incisif, le plus rapide et le plus constant. Mad Max est un surdoué: le talent lui sort par les oreilles. Le problème se situe, hélas, entre les deux oreilles. L’intelligence et la subtilité de la brute…

S’il avait gagné à la régulière, ce blogue aurait eu une tout autre tournure. Lorsqu’on m’a demandé de faire mes prédictions, je l’avais d’ailleurs choisi. Mon cœur était avec Hamilton, parce qu’il nous a montré qu’il était un grand champion ET un grand homme; mais ma tête me dictait de miser sur Verstappen. C’est ce qui s’est passé, mais de la pire façon possible.

J’ai mal à ma F1

Pour être parfaitement honnête, tout ceci m’a dégoûté de la F1. Au point où je me questionne: vais-je continuer à regarder ce mauvais spectacle? Vous pensez que je bluffe, ou que j’aurais dû aller m’aérer les esprits avant d’écrire ceci; je vous répondrai qu’entre 2002 et 2006, j’ai complètement décroché de la F1. À cause de Ferrari, de Jean Todt, de Schumacher… Le Grand Prix d’Autriche 2002, au cours duquel Rubens Barrichello, qui avait mené de bout en bout, avait été obligé de laisser passer Schumi dans le dernier virage du dernier tour, avait été la goutte de trop.

Presque 20 ans plus tard, je me retrouve au même point: ai-je envie de sacrifier 22 week-ends par année pour regarder un spectacle qui m’indispose? Je suis rendu là dans mon questionnement. Je ne vous annoncerai pas, sur un coup de tête, que c’est mon dernier blogue; mais ne vous étonnez pas si je décide de tirer la plogue.

Aujourd’hui, j’ai mal à ma F1. Et comprenez-moi bien, je ne souhaite pas pour autant que Mercedes gagne son appel: ce serait la pire façon d’être couronné champion. Lewis Hamilton est synonyme de panache, pas question de gagner par la porte d’en arrière, sur une décision des officiels. D’autant plus que cela ne ferait que donner raison aux pleureuses qui répètent depuis des mois que Mercedes contrôle la F1 et la FIA.

S’il y a une bonne chose, une seule, au triomphe controversé de Verstappen et de Red Bull, c’est qu’on ne les entendra plus chialer contre le monde entier: les commissaires, la FIA, Liberty Media, Toto Wolff, Mercedes… Espérons du même coup que cela fera taire les adeptes de la théorie du complot.

Verstappen, pu capable. Horner, pu capable. Les complotistes, pu capable. Ça ne pouvait que mal finir. Et la F1 est loin de s’en sortir grandie.

Vous ai-je dit que j’avais mal à ma F1?

Vous aimerez aussi

L’écoute en direct débutera à la suite de ce message publicitaire.
Quart de nuit
En ondes jusqu’à 03:00
En direct
75
Votre version d'internet explorer est trop basse. Utilisez au moins la version 11 ou un navigateur récent comme Google Chrome.