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Grand Prix d'Italie

Cui bono?

Cui bono?

Prost-Senna en 1989 et 1990, Hill-Schumacher en 1994, Hamilton-Verstappen à Silverstone il y a deux mois puis bis repetita à Monza… Les deux accrochages entre le champion en titre et son aspirant numéro 1 rappellent des souvenirs et pas les meilleurs. Et n’oublions pas, dans un passé plus récent, les incidents intra-équipes entre Vettel et Webber, lorsqu’ils étaient chez Red Bull, ainsi que Hamilton-Rosberg, lors de leur cohabitation houleuse chez Mercedes.

À chaque fois, les mêmes questions surgissent : l’incontournable « à qui la faute ? », pour commencer; puis, en raison des précédents évoqués dans le paragraphe précédent : « était-ce volontaire ? » Et lorsqu’on en vient à poser cette question – légitime ou pas -, il faut se demander qui bénéficie de cette manœuvre. Cui bono ? aurait demandé Cicéron.… À qui profite le crime ?

Les commissaires ont tranché : qu’importe qui en profite, il y aura pénalité. « Pour prononcer la pénalité, les commissaires insistent sur le fait qu'ils n'ont pris en compte que l'incident en lui-même, et non ses conséquences.»

La « Guerre totale »

Avant d’aller plus loin, permettez-moi un petit rappel historique. L’accrochage Prost-Senna à Suzuka, en 1989, est considéré comme le début de ces guerres sales, dans une discipline naguère reconnue pour le respect entre ses opposants. Évidemment, là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie et on ne connaît aucun pilote de F1 qui a été canonisé mais la course automobile était néanmoins considérée comme un sport de gentlemen

Suzuka 1989 a été le point tournant, d’autant plus que la même chose s’est produite au même endroit, l’année suivante, cette fois au profit de Senna (Prost avait été sacré champion l’année précédente). Ce fut le début de la « guerre totale », Senna confessant même, après coup, qu’il avait délibérément sorti son rival tout en l’accusant d’avoir fait de même l’année d’avant. 

Malheureusement, ces incidents disgracieux ont fait des petits : quelques années plus tard, c’était au tour de Michael Schumacher de s’assurer du championnat en éliminant son opposant, Damon Hill, en Australie, en 1994. Puisque la manœuvre avait si bien fonctionné, le Baron rouge a récidivé en 1997, à Jerez, avec Jacques Villeneuve, cimentant ainsi sa sale réputation.

Faute tactique

Après l’accrochage Hamilton-Verstappen à Silverstone, le 18 juillet, l’écurie Red Bull a poussé les grands cris : hystérique, son directeur, Christian Horner, accusait Lewis Hamilton d’avoir voulu tuer son pilote et menaçait d’engager des avocats… Du pur délire. Verstappen, lui, se positionnait en victime alors qu’il a du Schumacher dans le nez, ne dédaignant pas le recours à l’intimidation. Il est moins dangereux que le Baron rouge – Dieu merci ! – mais si Hamilton et lui continuent de s’accrocher, ça ne peut que mal finir. C’est ce qui explique sans doute l’intervention des commissaires, ceux-ci ayant préféré intervenir avant que la situation ne dégénère.

Mais lors des entrevues d’après-course, Mad Max et Horner semblaient étonnamment sereins. « Incident de course », « Hamilton et moi sommes suffisamment professionnels »… Tiens, tiens : pas de drama, cette fois. Comment expliquer ce revirement ? Simple : parce que là, c’est Mad Max qui profitait de cet « incident de course ». Non seulement venait-il de perdre tout espoir de gagner, après un arrêt aux puits désastreux, mais Hamilton n’avait pas pu en bénéficier lui non plus. Le destin avait bien fait les choses… Mais est-ce vraiment le destin ?

L’ex-champion du monde Damon Hill, qui fait partie du panel de commentateurs de Sky TV, a osé poser la question : Verstappen peut-il avoir fait exprès, en sachant très bien que ça ne passait pas à cet endroit ? D’un naturel pondéré, Hill n’a fait que poser la question, tout en expliquant qui était le gagnant et le perdant de cette manoeuvre. Toto Wolff, lui, a évoqué une faute tactique, comme au foot. Interviewé tout de suite après lui, Horner semblait tout à fait zen. La décision des commissaires a dû lui causer une crise d’apoplexie !

Laissons maintenant les hypothèses de côté et retenons deux faits : En ratant son départ, hier, lors de la course-sprint, Hamilton semblait avoir donné la victoire à Max Verstappen pour la course du lendemain, en lui permettant de partir de la pole position. S’il avait fallu que ces points perdus lui fassent perdre le championnat en plus… Ensuite, nouveau coup du sort : l’écurie Red Bull, considérée comme la meilleure du plateau pour les arrêts aux puits, rate complètement celui de son pilote-vedette pendant le Grand Prix, remettant ainsi les compteurs à zéro. Dès lors, Hamilton était en mission : allait-il réussir à remonter Ricciardo ? Volontairement ou non, Mad Max a fait en sorte que ça ne se produise pas. 

Puis, ultime rebondissement, les commissaires ont dit : ça suffit !

Doublé rafraîchissant

Ce deuxième round entre les deux belligérants a failli reléguer dans l’ombre une victoire rafraîchissante, que dis-je, salvatrice pour la Formule 1 : un doublé McLaren, rien de moins ! La première depuis 2012 pour l’écurie britannique – la troisième plus titrée de la F1 (derrière Ferrari et Williams, dans cet ordre) et la deuxième plus victorieuse, ne l’oublions pas. Rafraîchissante aussi parce que Daniel Ricciardo, le joyeux drille du plateau, n’avait pas gagné de course depuis 2018. On a eu droit à la totale : l’exubérance de Ricciardo et, bien sûr, l’incontournable dégustation de champagne dans le soulier. Rafraîchissant, J’insiste.

Les fans canadiens ont aussi trouvé leur compte, Lance Stroll récoltant enfin des points avec une belle 7e place et Nicholas Latifi terminant 11e. Même s’il n’a pas marqué de points, le Torontois a confirmé sa progression - et celle de sa monture, il faut bien le dire. Il n’est plus l’éternel dernier, cette place étant désormais occupée par les deux pilotes Haas; mais Latifi a aussi devancé Vettel, Giovanni et Kubica, ce qui mérite d’être souligné.

Profitons-en pour rappeler aux râleurs et râleuses que quatre écuries et cinq pilotes différents ont gagné des Grands Prix cette saison. Officiellement, il reste huit courses et seulement cinq points séparent le meneur (Verstappen) de son plus proche poursuivant (Hamilton). Soyons honnête : il y a longtemps que les fans n’ont pas eu une aussi bonne saison à se mettre sous la dent, pimentée, en plus, par quelques courses déjantées et une rivalité qui ne fait que gagner en intensité.

J’ai TELLEMENT hâte de voir la prochaine saison de Drive To Survive !

Fabi la nuit
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