Formule 1 | Le feu de Bahreïn

Formule 1 | Le feu de Bahreïn
Terrible explosion dans une course de Formule Un: qu'est-ce qui a sauvé la vie du pilote Romain Grosjean?

8:20

Lewis Hamilton a remporté une 11e victoire en 15 départs cette saison, sa 95e en carrière. Le septuple champion du monde a devancé les Red Bull de Max Verstappen et Alexander Albon, qui vient peut-être de sauver sa place au sein de cette écurie. Mais, tout cela paraissait bien futile à la fin de ce Grand Prix où on a frôlé la tragédie.

Les deux images fortes de cette course ont un point commun : les flammes. Celles de la voiture de Romain Grosjean qui s’embrase dès qu’elle frappe le rail de sécurité et celle du moteur de Sergio Pérez qui explose à quelques tours de la fin. Des images spectaculaires, voire traumatisantes, en ce qui concerne l’accident de Grosjean. Des images crève-cœur, à propos de l’abandon de Sergio Pérez, qui voyait un second podium d’affilée lui échapper.

En sport automobile, le feu est le pire ennemi. Certains pilotes ont péri brûlés (dont Bandini, Williamson, Courage, Schlesser); d’autres y ont survécu, mais à quel prix ! On pense bien sûr à Niki Lauda, dont le visage montrait les stigmates de son terrible accident au Nurbürgring, en 1976, celui-là même qui est au centre du film Rush, de Ron Howard.

Des images qui hantent encore

Dans les secondes qui ont suivi le crash de Grosjean, les commentaires se sont mis à pleuvoir sur ma page Facebook, fréquentée par bon nombre de connaisseurs (dont quelques pilotes). Des images et des noms du passé sont tout de suite ressortis. Si les flammes évoquaient les accidents de Lauda, Paletti, Peterson et plusieurs autres, la monoplace encastrée dans le rail rappelait les accidents horribles du Français François Cevert et de l’Autrichien Helmut Koinigg, survenus à une année d’intervalle sur le même circuit – à Watkins Glen, dans l’État de New York.

Le collègue Louis Butcher, du Journal de Montréal, qui est un des rares Québécois que je connaisse à avoir assisté à des courses de F1 avant l’arrivée de Gilles Villeneuve, était à Watkins Glen en 1974 lorsque Koinigg a été littéralement décapité par le rail de sécurité. Non seulement il n’a jamais oublié cet accident, mais lorsqu’il le raconte, on en a la chair de poule. Je peux en témoigner.

The Associated Press | La voiture en feu de Romain Grosjean.

Source: The Associated Press | La voiture en feu de Romain Grosjean.

Miracle en direct

Si les F1 de 2020 n’avaient pas été munies de leur halo de sécurité, Grosjean ne serait probablement plus de monde. Ledit halo l’a empêché de connaître une mort atroce comme celle de Koinigg ou de subir de sévères blessures à la tête, qui lui auraient sans doute été fatales.

Disons-le, des centaines de millions de téléspectateurs ont été témoins, en direct, d’un véritable miracle. S’il avait fallu que le pilote franco-suisse soit inconscient, on voit mal comment il aurait pu sortir de là indemne.

C’est là qu’on réalise le courage incommensurable d’Arturo Merzario, Guy Edwards, Harald Ertl et Brett Lunger, ces pilotes qui avaient sauvé la vie de Niki Lauda en plongeant dans les flammes pour le sortir de sa voiture. L’Autrichien avait perdu connaissance et sa ceinture était encore agrafée… L’exploit de ses quatre sauveteurs est d’autant plus remarquable que les pilotes portaient, à cette époque, des combinaisons qui les protégeaient autant qu’un pyjama (j’exagère à peine).

Des questions

Heureusement, la sécurité s’est améliorée de façon exponentielle en F1, grâce au travail de pionniers comme Jackie Stewart et Niki Lauda qui en ont fait leur cause personnelle (Stewart, rappelons-le, voulait prendre sa retraite à son 100e Grand Prix, mais il s’est arrêté à 99 à cause de l’accident de son coéquipier Cevert).

Preuve que la sécurité s’est améliorée, les drames évoqués dans les paragraphes précédents datent tous du siècle précédent. En F1, il s’est même écoulé 20 ans entre les deux derniers accidents mortels : celui d’Ayrton Senna en 1994 et celui de Jules Bianchi en 2014. (Et encore, celui de Bianchi n’était pas un accident de course à proprement parler : il a été causé par une grue qui n’aurait pas dû pas se trouver là.)

Toutefois, l’accident de Grosjean soulève des questions. Elles ont été évoquées abondamment :

  • Pourquoi le rail de sécurité n’a-t-il pas résisté, ce qui aurait permis à la coque de s’y encastrer?
  • Pourquoi la monoplace a-t-elle été littéralement coupée en deux, alors que cela n’avait pas été le cas, par exemple, lors du violent crash de Robert Kubica à Montréal, en 2008?
  • Pourquoi la voiture s’est-elle embrasée ? Et surtout, l’intervention a-t-elle été adéquate ? Si Grosjean n’avait pas été capable de sortir lui-même de sa voiture, que se serait-il passé?

Il y a un Grand Prix au même endroit, dimanche prochain. Non seulement il faudra trouver des réponses à ces questions, mais elles devront venir rapidement…

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