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Jeremy Filosa salue le départ à la retraite de Ron | «Au bureau, Ron c’était comme mon père»

Jeremy Filosa salue le départ à la retraite de Ron | «Au bureau, Ron c’était comme mon père»Dany Dubé, Ron Fournier, Mario Langlois et Jeremy Filosa (98.5 Sports(

Je sais que plusieurs associent Ron Fournier au hockey. Il a été arbitre dans la LNH et sa spécialité en ondes, c’est le hockey et les Canadiens. Mais pour moi, tout a commencé avec les Expos. J’ai toujours aimé le Canadien, mais le baseball, c’était mon dada, et les Expos, mon équipe préférée.

Quand j’étais jeune, Ron travaillait aussi en ondes l’été. Ça prouve à quel point mes souvenirs remontent à très loin. J’écoutais les Expos à CKAC sous les couvertes de mon lit, souvent jusqu’à très tard le soir, passé l’heure de devoir me coucher.

Le baseball j’en mangeais tellement que le match ne me suffisait pas, je voulais entendre ce que Ron avait à dire sur le match. Qu’en avait-il pensé? Je me promenais entre CKAC et CIQC, de l’autre bord, chez les anglais, c’était Ted Tevan qui jouait le rôle de Ron. C’était plus fort que moi, souvent, je composais le numéro et j’attendais patiemment sous les couvertes mon tour pour parler.

J’essayais de ne pas faire trop de bruit, car je ne voulais pas que l’on m’entende dans la maison. Mon père m’a surpris à quelques reprises. Heureusement, pour moi, après avoir souvent attendu un bon 45 minutes, Ron me coupait le sifflet avant même que je puisse finir mon argument. Donc les chances de me faire prendre par mes parents étaient plutôt minces.

Je rêvais de travailler comme journaliste ou animateur sportif. Mes parents m’avaient acheté une enregistreuse avec un micro. Souvent quand j’étais seul, je m’enregistrais. Je faisais une voix normale quand je me plaçais dans le rôle du journaliste, puis je changeais ma voix et je répondais à mes propres questions, cette fois dans le rôle de l’athlète. De la moutarde j’en beurrais épais!

Travailler avec Ron

Après m’être promené d’une station à l’autre en début de carrière, je me retrouve à CKAC Sports en 2008. C’est là que je rencontre Ron!

La business des médias sportifs n’est pas toujours évidente. Les égos sont souvent massifs et on se retrouve plus souvent qu’autrement déçu des véritables personnalités de certains quand on apprend à les connaitre. 

Dès le début, Ron est gentil, il m’encourage, il vient dire bonjour à tout le monde. Je me demande si ça va durer ou s’il y a un deuxième visage que je ne connais toujours pas. Finalement, je me rends compte à la longue que Ron, c’est un vraiment un bon gars.

J’adorais jaser avec Ron, de tout et de rien. Souvent, on se parlait en anglais, il pratiquait son anglais avec moi et moi ça me faisait plaisir. Le fait qu’il veuille garder son anglais au top niveau en jasant comme ça avec moi me montrait qu’il me faisait confiance.

Ron arrivait toujours au bureau en milieu d’après-midi super motivé. « Qu’est-ce qui se passe la gang? Quoi de neuf? Avez-vous vu le coup salaud d’un tel hier soir? Avons-nous une décision de la ligue pour ça? Pis toi mon Jeremy, quoi de neuf avec tes Impacts? Y’ont pas très bien joué rien soir? Tu viendras me raconter ça tantôt! »

Ron voulait tout savoir. Pour être certain de ne pas faire d’erreur en ondes, il pouvait passer de longues minutes à mon poste pour décortiquer un dossier et prendre le plus de notes possible sur « ses feuilles blanches ». Non Ron n’était pas un fan de la technologie. Twitter et compagnie, ça le faisait suer!

« Le Canadien a annoncé la transaction où? Comment ça se fait que j’ai pas eu ça? »

« Ils l’ont annoncé sur Twitter Ron! »

« Maudite bébelle, on peut pas juste m’appeler pour me le dire? »

Ron travaillait à l’ancienne. Il n’était pas rare de passer par son bureau et qu’il soit au téléphone avec Scotty Bowman, ou Steve Yzerman ou même Ken Holland. Ron il allait à la source. Les bons numéros, il les avait tous.

Une personnalité attachante

Mais au-delà du travail, Ron était une personne extraordinaire. Être Ron ce n’est pas facile. Tout le monde veut te parler.

Souvent, vers 17h00, Ron passait par mon poste.

« Es-tu prêt à partir? » 

On marchait très souvent ensemble jusqu’au Centre Bell. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien de gens reconnaissent Ron lorsqu’il marche dans la rue. C’est incroyable. Ron les saluait tous. Sur trois coins de rue, des dizaines d’amateurs l’accostaient à chaque fois pour lui dire bonjour.

On jasait de tout, de hockey, de l’Impact, du retour possible des Expos. Puis une fois rendu on s’installait dans le salon des médias. On soupait souvent ensemble, et il n’était pas rare que j’arrive à la caisse pour me faire dire que Ron avait déjà payé pour moi. 

On regardait souvent les matchs ensemble du haut de la passerelle. Souvent, il devait descendre dans une loge entre deux périodes pour saluer des clients ou simplement des amis qui lui avaient demandé d’aller faire son tour.

Mais quand il ne descendait pas, on se parlait. Il me demandait toujours comment allait ma famille. Comment je m’arrangeais à la maison? Il me conseillait du mieux qu’il le pouvait. Il avait plus de vécu que moi et était capable de remettre les choses en perspective pour moi quand ça n’allait pas. Et je ne sais pas comment, mais quand ça n’allait pas, il le savait toujours.

Je savais que si quelque chose me dérangeait, la porte de son bureau était toujours ouverte. Que ce soit pour des frustrations reliées au travail ou même dans ma vie privée, Ron m’écoutait.

Je ne suis pas le genre de gars qui déballe son sac, je garde mes sentiments personnels pour moi. Je n’ai pas beaucoup d’amis proches. Mais Ron était une des seules personnes à qui je me confiais. Je savais que ça resterait entre les quatre murs de son bureau. En ce sens, il était un peu comme mon père, il ne me jugeait pas, et prenait le temps de me donner sa plus franche opinion.

À un moment donné, il y a eu un incident entre Michel Therrien et moi, qui a fait jaser à l’interne à la station. Une question que j’avais posée après un match n’avait pas été appréciée. Des appels avaient été placés auprès de mes patrons de l’époque. Je n’étais au courant de rien. C’est Ron qui est venu m’avertir de la situation et aussi me demander mon point de vue. Je sais qu’il a été impliqué dans la discussion qui a mené à un dénouement en ma faveur. Il ne me l’a jamais dit, mais je sais qu’il est allé au bat pour moi.

Quand il m’a annoncé qu’il avait le cancer, presque personne n’était au courant. Ç’a été un choc. Il n’y avait que mon patron au bureau qui le savait. C’était presque un an avant sa sortie publique. Je me devais aussi de garder son secret, comme il avait aussi gardé les miens. J’ai eu peur de perdre cette figure paternelle que j’avais au travail. Heureusement, il a vaincu la maladie avec panache sans trop faire de vagues publiquement. 

En ondes

On a eu beaucoup de plaisir à échanger sur plusieurs sujets au fil des ans en onde Ron et moi. Nous avions une bonne connexion, je crois que c’est parce qu’on se connaissait si bien à l’extérieur des ondes aussi. Nos échanges en onde ressemblaient souvent à ce que nous nous disions dans les corridors.

Et quand Ron ne maitrisait pas le sujet à 100%, il me donnait toute la place pour expliquer.

« Rappelle-dont à nos auditeurs Jeremy, comment ça marche la Concacaf! »

Et ça me faisait toujours plaisir de le refaire, parce que Ron travaillait de façon respectueuse. Ils savaient que même si les amateurs de soccer qui écoutaient étaient moins nombreux que les amateurs de hockey, ils méritaient aussi d’obtenir une couverture complète et détaillée et il savait que j’étais capable de livrer la marchandise.

C’est une grande page dans le monde des médias sportifs québécois qui se tourne aujourd’hui avec la retraite de Ron. J’espère pouvoir quand même l’entendre en ondes à l’occasion, lorsqu’une histoire importante fera surface dans l’entourage des Canadiens, car son expérience et sa sagesse ne s’achètent pas. 

Si quelqu’un m’avait dit quand j’étais jeune que j’allais animer à plusieurs reprises la même émission ‘Bonsoir les sportifs’, à sa place je ne l’aurais jamais cru. Et si quelqu’un m’avait dit que je développerais une aussi belle amitié avec lui, je l’aurais cru encore moins. Je suis choyé d’avoir pu travailler à ses côtés pendant si longtemps. Je le reconnais et j’en suis très reconnaissant.

Bonne retraite mon Ron, merci pour tout le temps que tu as passé à mes côtés à me donner tes meilleurs conseils. Déjà hâte d’aller jouer un petit 18 trous avec toi, pour que l’on puisse continuer ces belles conversations. Ciao amico!

Les week-ends de Paul Houde
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