Grand Prix de Russie : Tout ça pour ça

Grand Prix de Russie : Tout ça pour ça98,5 FM

Pssschiiit… Cette onomatopée résume à elle seule le week-end de Ferrari. Pour un quatrième Grand Prix d’affilée, soit depuis le retour du congé estival, les Rouges ont survolé les séances d’essais, qualifications incluses.

Quatrième pole consécutive pour Leclerc, Vettel qui s’élançait de la troisième place, ce qui est mieux que la deuxième sur ce circuit où le premier virage est précédé d’une longue ligne droite : tout était en place pour un doublé, la Scuderia ne pouvait se contenter de moins. Et pourtant, au final, il n’y a eu qu’une maigre troisième place. Pssschiiit…

Si l’équipe de direction de Ferrari avait mis autant d’énergie à anticiper la stratégie de Mercedes qu’elle en a mis à s’autogérer, elle n’aurait pas perdu cette course. Mais dès le départ, ce ne fut que palabres, consignes contradictoires et argumentation - bref, le bordel à l’italienne dans ce qu’il a de plus caricatural.

Chez Mercedes, ils doivent encore se taper sur les cuisses…lors des trois courses précédentes, les Flèches d’argent avaient pourtant été battues à plate couture. Par une meilleure voiture, d’abord, mais aussi par des pilotes affamés, bien appuyés sur le plan stratégique. Leclerc a pleurniché après la victoire de Vettel à Singapour, mais ses patrons l’ont recadré, ce qui est exactement ce qu’il faut faire avec une recrue aux dents longues. N’importe quel directeur d’écurie vous le dira : il vaut mieux avoir un cheval qu’on est obligé de brider qu’un cheval qu’on doit pousser. Les dirigeants de Ferrari ont un pur-sang entre les mains et leur boulot consiste à dompter la bête. Et surtout, ils doivent le faire maintenant, pour éviter que de mauvais plis se forment.

Mais pour ça, il faut un chef. Un vrai, avec de la poigne. Parce qu’il n’y a pas que Leclerc à gérer, il y a aussi Vettel.

Quoi qu’on en dise, le quadruple champion du monde est lui aussi un pur-sang. Les fans – de plus en plus nombreux – de son jeune coéquipier argueront que Leclerc a été plus rapide que son chef de file lors des dix dernières séances de qualifications; mais comme l’a souligné avec justesse l’ex-champion Nico Rosberg, Vettel a souvent un meilleur rythme en course. Ferrari, vous l’aurez compris, doit donc diriger deux pur-sang. C’est ce qu’on appelle un heureux problème; mais encore une fois, cette gestion nécessite une bonne dose de leadership.

«Qui est le chef, ici ?»

À Sotchi, les Rouges ont complètement perdu le focus. Qu’on l’aime ou non, le départ de Jean Todt a fait mal, tout comme celui de Ross Brawn. Peu de temps après leur départ de Maranello, la Scuderia Ferrari a renoué avec ses vieux démons : politique, népotisme, jeux de coulisses, révolutions de palais… Autant de signes qui démontrent l’absence de leaders forts. Comme le chantait Richard Desjardins : « Qui est le chef ici ? Et qu'il se lève ! »

Chez Ferrari, le chef s’appelle Mattia Binotto, directeur de la Gestione Sportiva – donc de la branche course de Ferrari. Autrement dit, le grand patron de l’écurie de F1, c’est lui. Laurent Mekies, le directeur sportif, relève de Binotto. Pour faire une analogie avec nos Glorieux, Binotto est le Marc Bergevin de la Scuderia et Mekies, son Claude Julien. Ce sont ces deux hommes qui doivent mettre fin à la disette de Ferrari, qui n’a pas gagné de championnat depuis 2007 – aussi bien dire une éternité. Car n’oublions pas que Ferrari est colossalement riche et par conséquent, peut s’offrir les meilleurs pilotes, ingénieurs, mécaniciens… Et ce, à chaque année. Pas besoin de passer par le repêchage et une longue période de reconstruction, comme c’est le cas au hockey, par exemple. Et contrairement au CH, son pouvoir d’attraction est toujours aussi fort.

Cette saison, la voiture est bonne et la paire de pilotes n’a pas été aussi solide depuis longtemps, avec le remplacement de Raikkonen par Leclerc. La combinaison parfaite : la jeunesse du Monégasque et l’expérience de l’Allemand, la fougue et la sagesse, le yin et le yang… Et pourtant, il a fallu attendre six longs mois avant la première victoire. Entretemps, Lewis Hamilton a eu le temps de se bâtir une avance insurmontable au championnat. Si Ferrari n’avait pas échappé cette course, tout aurait été encore possible. Difficile, voire peu probable, mais quand même possible. Sauf que la Scuderia a trouvé, encore une fois, une façon de se battre elle-même. À ce jeu, elle est la championne incontestée, au point où certains la surnomment la « Screwderia »…

Stroll encore invisible

Après des qualifications décevantes (air connu), notre grand espoir canadien s’est contenté d’une anonyme 11e place, après une course tout aussi anonyme. En F1, on ne le répètera jamais assez, le coéquipier est aussi l’unité de mesure, la référence; et encore une fois, Lance Stroll a souffert de la comparaison. Qualifié 11e (trois rangs devant Stroll), Sergio Perez a disputé une superbe course, avec une 7e place (et de précieux points) à la clé.Ajoutons que seulement 15 voitures ont complété l’épreuve, ce qui rend cette 11e place encore moins glorieuse.

Autrement dit, il y a eu des abandons et Stroll n’en a aucunement profité. À Monza, on a cru qu’il s’était finalement mis en marche, mais à Singapour et en Russie, il est redevenu simple figurant.

S’il y avait une justice en F1, c’est Nico Hulkenberg qui occuperait ce baquet la saison prochaine. Mais ça n’arrivera pas et on sait tous pourquoi.

Dommage.

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