Grand Prix d’Italie: grosse semaine!

Grand Prix d’Italie: grosse semaine!
Photo: Antonio Calanni / The Associated Press

Source: Photo: Antonio Calanni / The Associated Press

Le 11 juin 1967, l’Américain Dan Gurney remportait les 24 Heures du Mans et le dimanche suivant, soit une semaine jour pour jour, il gagnait un Grand Prix de Formule 1 sur le circuit de Spa, en Belgique. «The Golden Week» fait maintenant partie de la légende du sport automobile. Charles Leclerc, le pilote-recrue de l’écurie Ferrari, celui qui devait jouer les seconds violons, vit lui aussi sa «semaine dorée», avec deux victoires en autant de Grands Prix.

Certains objecteront en disant que Gurney a remporté deux victoires historiques: la seule victoire 100% américaine (équipage, voiture et moteur) aux 24 Heures du Mans suivie de la seule victoire américaine en F1. Deux victoires historiques dans deux catégories différentes, en plus. Avant de m’accuser de comparer des pommes avec des oranges, je vous rétorquerai que là n’est pas le point, l’analogie ne se voulant pas tant historique qu’émotionnelle.

Ces deux triomphes furent sans doute les plus marquants de la carrière de Gurney. Pilote d’une rare polyvalence, l’Américain a gagné en F1 et en Endurance, mais aussi en Trans-Am, en Nascar et en IndyCar. Mais les victoires au Mans et à Spa avaient une charge émotionnelle qui leur donnait une saveur particulière. Battre Ferrari au Mans dans une Ford suffisait déjà à être le point d’orgue d’une brillante carrière, mais Gurney a vécu des sensations encore plus fortes le dimanche suivant en Belgique, en gagnant dans une monoplace de sa propre écurie.

Les deux victoires de Charles Leclerc comportent, elles aussi, leur lot d’émotions et de frissons, ne serait-ce que parce que ce sont ses premières en F1. Elles prennent cependant une autre dimension lorsqu’on les remet en contexte: la première est venue mettre un baume sur un événement tragique; et la seconde est survenue «à domicile», sur les terres de la Scuderia Ferrari. Le contraste ne pouvait être plus marqué: sobriété sur le podium à Spa, délire à Monza.

Je regarde des Grands Prix depuis plus de 40 ans et jamais, jamais, au grand jamais, je n’ai entendu un hymne national chanté avec autant de force. Et j’étais là en 1978, à l’île Notre-Dame, lorsque Gilles Villeneuve a remporté le Grand Prix du Canada et que la foule a envahi la piste, mais ce que j’ai vu dans mon téléviseur à Monza était encore plus gros. Une victoire de Ferrari en Italie, c’est la Coupe Stanley multipliée par 10! (Quoique depuis le temps qu’on ne l’a pas gagnée, ce serait peut-être aussi fort, mais ceci est un autre débat…)

Refermons la boîte à souvenirs et mentionnons, en terminant, que Leclerc a aussi gagné ses deux premières courses sur des circuits mythiques: Spa et Monza. Avec des débuts aussi tonitruants, il pourrait bien devenir le pilote le plus populaire de la Scuderia depuis Gilles Villeneuve. Il a tout ce qu’il faut: le talent, bien sûr, mais aussi la simplicité, le charisme. Et une maîtrise parfaite de la langue de Dante. Ferrari a trouvé un diamant, aucun doute !

Hamilton: «je saurai quoi faire la prochaine fois»

Après les fleurs, le pot. Si Leclerc a été parfait à Spa, il a commis de grosses erreurs à Monza. Deux, en fait. Et elles auraient pu être très coûteuses: si les commissaires avaient appliqué à la lettre le livre des règlements, il aurait dû être pénalisé. S’il ne l’a pas été, c’est sans doute à cause de Montréal, où ces mêmes commissaires se sont fait reprocher d’être trop interventionnistes (avec raison); et probablement parce qu’ils ne seraient jamais sortis vivants de Monza s’ils avaient sévi contre Leclerc. J’exagère, mais il y aurait eu du grabuge, c’est sûr!

Il fallait voir Hamilton se tourner la langue – plus que sept fois – et se mordre les lèvres, lorsqu’interviewé par la télévision britannique, après la course. Le quintuple champion du monde a réussi à se contenir, mais son non verbal disait tout. Quelques phrases lourdes de sens ont cependant sifflé entre ses dents, dont celle-ci, après avoir affirmé que les pilotes de la nouvelle génération semblaient bénéficier d’une certaine complaisance: «maintenant que je le sais, je saurai quoi faire la prochaine fois.» Voilà qui annonce la couleur pour les prochaines courses!

Luca Bruno / The Associated Press

Source: Luca Bruno / The Associated Press

Vettel s’enfonce

Vettel, lui, n’a pas échappé à la vindicte des commissaires. Le pilote allemand collectionne les crampes au cerveau depuis qu’il est chez Ferrari, au point où il est devenu son pire ennemi. Dans sa tourmente, il n’avait cependant jamais été dangereux pour les autres. À Monza, il a failli causer un grave accident, en plus de ruiner la course de Lance Stroll. Pas seulement sa course; son week-end.

Le Montréalais, rappelons-le, avait atteint la Q3 pour la première fois de la saison, et ce, sans bénéficier de circonstances favorables. Parti 9e, il avait réussi un superbe départ – un autre – jusqu’à ce que Vettel le harponne en voulant revenir en piste trop vite, après être parti en tête-à-queue. Tout seul. Sans raison. Encore une fois.

Difficile de croire que ce gars-là est un quadruple champion du monde. Même s’il n’a que 32 ans, il devra faire des choix: accepter qu’il ne soit plus le leader de la Scuderia et devenir le second de Leclerc, comme l’était Raikkonen pour lui; quitter Ferrari à la fin de la saison pour se «refaire» dans une écurie où la pression est moindre; ou se retirer de la F1. Cette dernière option serait la plus regrettable: pilote respecté et apprécié de ses pairs, Vettel ne mérite pas de terminer sa carrière ainsi.

L’homme et le pilote ont besoin d’aide. Et Ferrari a besoin de Vettel, qui pourrait terminer sa carrière doucement, comme mentor de Leclerc.

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