Le rite de passage de Ballou Tabla

Le rite de passage de Ballou Tabla
Ballou Tabla

Ballou Tabla est de retour au bercail. L'équipe du magazine VICTOIRE* Notre culture soccer l'a rencontré, il y a quelques jours, au Parc Jarry dans le cadre d'une entrevue exclusive.

Un matin frisquet d’avril 1911, une poignée d’hommes d’affaires, d’hommes politiques et de journalistes avec un attachement aussi sincère que profond pour le ballon rond se réunissent à Montréal. Ensemble, ils posent les premiers jalons du développement du soccer au Québec et créent la Province of Quebec Football Association qui deviendra au fil des ans la Fédération de soccer du Québec.

Si leur objectif est avant tout de structurer la pratique du sport au Québec et créer un cadre qui permettra aux passionnés de soccer de concourir à un niveau supérieur, ils laissent miroiter la promesse qu’un jour, un joueur de la Belle Province s’alignera parmi les plus grandes étoiles au monde et brillera de pleins feux sur le foot mondial.

L’attente aura probablement été plus longue que prévu, mais ce qui avait été jusque-là un rêve pour des générations de jeunes footballeurs québécois se matérialise enfin plus d’un siècle plus tard. Le 24 janvier 2017, un jeune prodige du nom de Ballou Tabla est annoncé chez l’un des mastodontes du football européen : le FC Barcelone.

C'est un jour très heureux pour le jeune Québécois d’origine ivoirienne et son transfert est certainement un succès qui rejaillit sur tout le soccer québécois.

L’ascension est fulgurante, mais Ballou Tabla réalisera assez vite que le chemin vers la consécration est loin d’être tracé d’avance et que le monde auquel il a tant rêvé en est un beaucoup plus dur qu’il ne se l’était imaginé. Le jeune canadien est toutefois plein de volonté et assure qu’il ne ménagera pas ses efforts pour faire sa place au sommet de son sport.

Panellinios Football Club

C’est jeudi après-midi et on attend impatiemment l’arrivée de Ballou. Le lieu de rencontre était plutôt évident. On n’a pas eu à y penser bien longtemps.

« Parc Jarry, 14 heures, au terrain synthé du Panellinios », lui a-t-on dit.

Le joueur a peut-être l’habitude des grands boulevards européens maintenant, mais il sait pertinemment où c’est. Combien de fois a-t-il effectué le trajet de la maison de ses parents, rue Desroches dans Hochelaga, jusqu’au terrain où il a accompli ses premiers faits d’armes ?

Une dizaine de jeunes y jouent d’ailleurs depuis près d’une heure maintenant, sans égard au mercure qui vient tout juste de dépasser la barre des 30˚C pour la première fois de juin. La plupart ont probablement entre 8 et 13 ans, mais à les voir se dribbler les uns les autres avec autant d’adresse, on comprend pourquoi le Panellinios est l’un des terreaux fertiles du foot québécois et désormais le berceau d’un Blaugrana.

Qui sait, d’ailleurs, si dans quelques années on ne va pas donner rendez-vous à l’un de ces jeunes pour la couverture d’un numéro de Victoire ? Mais pour le moment, on va profiter de notre invité du jour qui vient tout juste d’arriver…

On ne va pas se le cacher, on est très fébrile à l’idée de rencontrer Ballou puisque, comme tout le monde, on ignore à peu près tout de sa nouvelle vie en Espagne.

Simple coïncidence ou geste délibéré, il porte sur sa tête une casquette DSQUARED2 dont le slogan est “Born in Canada, living in London, made in Italy”. C’est plutôt rigolo parce que c’est un peu à l’image du footballeur, non ? Il n’est bien évidemment pas né au Canada, mais c’est ici qu’il a fait ses classes avant d’embrasser la vie européenne.

Puis, cet amusant porte-étendard complète un style non moins révélateur de son métier. Runnings FILA blanches aux pieds et survêtements Nike assortis, Ballou affiche le look streetwear décontracté qu’on connait aux passionnés de soccer.

Voilà qu’on s’est à peine salué que le lieu de rencontre produit déjà l’effet escompté. Ballou balaye lentement du regard le terrain clôturé et ses lèvres échappent un sourire amusé.

On devine qu’il est en train de déterrer de vieux souvenirs de son adolescence…

« Ce terrain-là en synthétique, dit-il en le désignant du doigt. Puis celui-là, là-bas, en gazon naturel… Ah la la! C’étaient de très belles années. Ça me fait vraiment plaisir de revenir ici car je vois d’où je viens, mais aussi que j’ai encore du boulot à faire. »

Des souvenirs avec le Panellinios FC, Ballou en a beaucoup puisque l’équipe de Villeray-Parc-Extension a connu des années fastes pendant qu’il évoluait au club.

« La promotion en AAA, le Championnat canadien… On a même joué la Coupe Ontario ici, je m’en rappelle ! Brassard de capitaine, numéro 10... Ah, ce sont de bons souvenirs ! Puis, je marquais aussi beaucoup de buts à l’époque », se remémore-t-il.

Étonnamment, pour un joueur qui a pris l’habitude de jouer au stade Saputo et au Mini Estadi du Barça B (15 000 sièges quand même !), il assure que l’atmosphère du parc Jarry était, pour lui, tout aussi enivrante.

« Tous mes amis venaient voir les matchs le week-end. Mes parents aussi. Le parc Jarry était tout le temps plein. J'étais jeune et je ne m'imaginais pas encore ce que ça serait au niveau professionnel, mais, déjà, j'aimais cette ambiance-là, cette folie-là. C’était vraiment à en donner la chair de poule, et ça, je vais toujours m’en rappeler. »

Inutile de dire que le Panellinios FC s’est taillé une place de choix dans son cœur. L’équipe a été sa « première famille canadienne » lorsqu’il est arrivé de la Côte d’Ivoire à 12 ans.

« Les gars que j’ai rencontrés ici, jusqu’à aujourd'hui, ce sont encore mes amis… Plus que ça, ce sont des frères ! On a grandi ensemble, on a vécu de bons comme de mauvais moments ensemble et on a gagné comme on a perdu des matchs ensemble. »

Avec beaucoup d’humilité, Ballou nous explique qu’il n’aurait probablement pas eu l’entêtement et la motivation de viser aussi haut s’il n’avait pas pu compter sur les encouragements constants de ses coéquipiers de l’époque.

« Je vais t’avouer un truc, je ne pensais pas que j’allais y arriver. Je ne pensais pas que je signerais un jour un contrat pro… Mais ces amis-là, ils m’ont fait comprendre que j'avais du talent, que j'allais aller loin et qu’il fallait que je le réalise rapidement parce que sinon, j’allais passer à côté de quelque chose de grand. » 

Or, même si ses prouesses avec Panellinios attirent l’attention de plusieurs clubs outre-Atlantique (notamment celle du club anglais Liverpool), Ballou jure qu’il n’avait pas la prétention d’aller jouer sur le Vieux Continent.

« À l’époque, je ne pensais pas à l’Europe… qu’à l’Impact ! Il n’y avait rien d’autre dans ma tête. Que l’Impact ! » insiste-t-il.

« Bien sûr que je regardais des vidéos de mes idoles… les Ronaldinho, Zidane et autres, mais je ne rêvais pas encore à ça. Tout ce que je voulais, c’était signer un contrat pro à Montréal, rendre ma famille fière et mes amis aussi. Voilà, on commence doucement et après on verra où mon talent peut m’amener. »

Ses détracteurs diront que son transfert de Montréal vers le FCB était un peu hâtif, qu’un joueur qui prétend porter son club dans son cœur ne l’aurait jamais déserté après une seule saison. Mais l’ancien numéro 13 du Bleu-blanc-noir assure qu’il n’a jamais été malintentionné.

« De l’extérieur, ça avait l’air de ça. Les gens d’ici se disaient : "Ah ! Ballou, il est parti au Barça. Il n’est pas bien, il n’est pas content, il a la grosse tête et nanana... Mais au fond, ils ne savent pas ce qui se passe, tu vois. Moi, c’est ma carrière et je fais ce que je pense qui est le mieux pour avancer. Ils peuvent essayer de m’attaquer, mais, pour moi, l’Impact reste mon club formateur et mon club de cœur. Et ça, ça ne va jamais changer. »

À entendre le ton plus mordant sur lequel il prononce ces derniers mots et sa gestuelle soudainement plus démonstrative, on sent qu’il est sincère quand il affirme qu’il a toujours adulé le club de sa ville d’adoption.

 

 

« Je me rappelle quand je suis arrivé au Canada, j’allais souvent au stade Saputo. Je voyais les Mauro, les Ribeiro et tous les anciens jouer. Moi, j’étais dans les tribunes, j’étais content, je criais !  Patrick Leduc et tous les autres, c’étaient mes idoles ! », s’exclame-t-il.

« Je payais mes billets, mes tickets de bus. Moi et mon meilleur ami, on allait au stade. Il pleuvait ? Pas grave, on avait les capuchons. On était fan ! »

Et dans cet élan d’enthousiasme, Ballou y va même d’une petite confidence : « J’avais même une bouteille d’eau de Patrick. Ce sont des trucs que les gens ne savent pas, mais Patrick Leduc, c’était vraiment quelqu’un que j’admirais beaucoup quand je suis arrivé à Montréal et que j’ai commencé à regarder l’Impact. »

« Puis, j’ai eu l’opportunité d’aller jouer pour l’Académie, s’empresse-t-il d’ajouter, et je me suis dit : pourquoi pas ? Je me suis lancé et, en bout de ligne, ça s’est bien passé. »

Ballou nous confie que son intention était alors de faire trois, quatre, voire cinq saisons avec l’Impact, mais qu’il n’avait pas prévu qu’un match pour le moins atypique allait venir bouleverser ses plans.

Le 3 août 2016, il fait partie des 23 convoqués par l’Impact pour participer au match amical contre le prestigieux club italien AS Roma. Ce soir-là, il se mesure aux gros canons romains que sont Francesco Totti, Daniele De Rossi, Radja Nainggolan et Edin Džeko. Du nombre se trouve également le flamboyant et plus récent champion de la Ligue des champions Mohamed Salah.

« C’est à partir de là que tout a déboulé, précise Ballou. Je ne pouvais plus contrôler mes envies. Je ne voulais plus quitter le terrain. Au fond de moi, je savais que c’est là que j’appartenais. »

Photo: Victoire* Notre culture soccer

Source: Photo: Victoire* Notre culture soccer

Barcelone, ville de prodiges

De la façon dont il nous en parle, la nouvelle vie barcelonaise de Ballou susciterait l’envie de beaucoup de jeunes footballeurs…

Ballou habite le centre-ville où il vit seul dans un appartement situé non loin du repaire des Blaugrana, le prestigieux Camp Nou, et de l’Avinguda Diagonal, la grande avenue qui abrite les boutiques les plus courues de la capitale catalane. (Pardon monsieur !)

Le jour, il participe bien entendu à l’entraînement des siens, ce qui lui laisse les fins d’après-midi et les soirées pour aller déambuler dans les rues étroites et labyrinthiques du quartier gothique ou pour aller se tremper les pieds dans la Méditerranée.

Il passe d’ailleurs la plupart de ses temps libres avec Alex Collado et Marcus McGrane, deux autres joueurs du Barça B avec lesquels il s’est lié d’amitié.

« Alex est un gars avec qui ça a vraiment cliqué sur le terrain comme à l’extérieur. Quant à Marcus, il a signé au Barça la même semaine que moi. Comme on ne connaissait personne au début, on s’est forcément rapproché. »

Ballou nous explique qu’ils vont souvent souper au restaurant tous les trois ou se promener au port après les entraînements. Il leur arrive aussi de jouer à FIFA, mais notre ami montréalais prend le soin de spécifier que c’est « plutôt rare ». (Faut-il vraiment le croire ? ;-) )

Par ailleurs, amateur de bonne chère, Ballou dit avoir « sa petite liste de bonnes adresses » à Barcelone.

« Carpe Diem ! », nous recommande-t-il sans hésiter. « C’est un resto un peu boîte de nuit, avec des spectacles live et une ambiance style mexicaine, l’une de mes places préférées », dit-il.

S’il n’est pas au Carpe Diem, vous le trouverez assurément en train de déguster un plat colombien au chic restaurant Spoonik du centre-ville ou alors du poulet à la sud-africaine au Spice BCN Amigó à quelques centaines de mètres de chez lui.

D’ailleurs, nouvelle vie espagnole oblige, il dit avoir développé un appétit insatiable pour les fruits de mer : « C’est quelque chose que j’adorais déjà et que j’ai encore plus découvert là-bas. Où que j’aille en Espagne maintenant, c’est fruits de mer, fruits de mer, fruits de mer ! »

Mais bon, l’athlète ne fait pas que manger. Il doit aussi s’entraîner ! Et comme c’était le cas à Montréal à une certaine époque, Ballou nous explique qu’il s’entraîne avec l’équipe B sur un terrain adjacent à celui de l’équipe A… quand il ne remplace pas lui-même un absent de la première équipe !

« Le coach de l’équipe A m’appelle assez souvent quand il a besoin de joueurs. Ça arrive par exemple lorsqu’ils ont eu un match la veille et que Messi ne peut pas s’entraîner ou que Suarez est en récupération. La semaine, je peux m’entraîner avec eux et le week-end, jouer mon match avec l’équipe B. »

Confidence pour confidence, on ne peut s’empêcher de lui demander s’il lui arrive d’échanger quelques mots avec le quintuple ballon d’or et vraisemblablement meilleur joueur de tous les temps… (Ai-je vraiment besoin de le nommer ?) Ce à quoi il répond sereinement (parce que nous on ne l’est pas du tout) : « bien sûr ! ». 

Ballou nous partage même cette anecdote à nous faire tomber par terre : « Une fois, on faisait un 3 contre 3. On était deux jeunes avec Messi et il y avait deux jeunes avec Suarez. C’était la première fois et je me rappelle avoir dit à Messi : "Dis-moi où tu veux que je me place, je vais y être. Je sais que je n’ai pas à m’inquiéter, que t’es là et que tu vas faire ton truc. Moi, je vais te défendre. »

Ballou admet qu’il essaye de profiter au maximum des opportunités qu’il a avec Messi parce qu’il n’y en a forcément pas beaucoup.

« Quand il me dit un truc, évidemment, je ne pose pas de questions. Pour moi, c’est mon idole, c’est un extraterrestre. Juste quand il touche le ballon, tu vois qu’il vient d’une autre planète. Alors j’écoute attentivement tout ce qu’il me dit. »

On lui demande alors s’il a eu la chance de fraterniser davantage avec un autre joueur de l’équipe première ou s’il a un mentor au Barça, un peu comme Didier Drogba et Patrice Bernier ont pu l’être quand il endossait le maillot bleu-blanc-noir.

« Oui, il y a Ousmane [Dembélé]. C’est un ami à moi. Et Malcom aussi, répond-t-il. Ce sont surtout les deux joueurs dont je suis le plus proche. Sinon, un qui m’a donné beaucoup de conseils en arrivant, c’est Abidal… Eric. Il m’a expliqué qu’est-ce que je devais faire et comment je devais penser pour me rendre au bout de mon rêve. »

Pas mal comme entourage pour la nouvelle recrue, non ?

Une ascension laborieuse

À première vue, Ballou semble vivre un véritable rêve. Il vit dans l’une des villes les plus prisées d’Europe, s’entraîne assez régulièrement avec La Pulga et connaît même un certain succès. Mais il va de soi que tout n’est pas rose dans les hautes sphères du sport professionnel et que plusieurs pièges guettent les athlètes qui souhaitent en atteindre les plus hauts sommets.

Ballou n’est d’ailleurs pas gêné d’admettre que ses débuts en Catalogne ont été plutôt éprouvants. D’abord, parce qu’il a dû s’adapter à un niveau de jeu « beaucoup plus rapide et technique » que celui auquel il était habitué en Amérique du Nord. Ensuite, et c’est probablement l’une des plus grandes épreuves qu’il a eu à surmonter, parce qu’il a dû apprendre à composer avec les regards envieux des autres académiciens du FCB…

« Quand j’ai commencé, je ne vais pas le cacher, c’était difficile. La plupart des joueurs de la Masia sont au club depuis qu’ils ont cinq ou six ans. Moi, j’arrive de l’extérieur et ça ne fait même pas un an que je suis là et, déjà, je commence à jouer avec la première équipe. C’est sûr que ça crée de la jalousie », nous confie Ballou.

« Ça ne va pas être direct, mais crois-moi, tu vas le sentir ! poursuit-il. Moi, si tu me dis que tu ne m’aimes pas, si tu me jalouses parce qu’on joue au même poste, je vais tout faire pour me démarquer plus que toi et gagner ma place. Mais je sais que certains de mes coéquipiers qui viennent de l’extérieur et qui, en plus, sont aussi d’une autre couleur, eux, ça va vraiment les affecter. »

Le Montréalais avait pourtant été averti. Avant qu’il ne parte à la conquête de l’Europe, de grosses pointures lui avaient insufflé leur propre désillusion par rapport aux dessous du soccer de haut niveau. 

« Avant d’aller au Barça, Didier et Hassoun, ils m’avaient prévenu. Ils m’avaient dit que ce serait comme ça. Je leur avais demandé pourquoi ? Après tout, c’est le football ! C’est la plus belle chose au monde ! Pourquoi il y aurait des gens qui essayeraient de m’embobiner, de me faire du mal, de gâcher ma carrière ? se demandait-il. Mais depuis que je suis dedans, j’ai vraiment appris à connaître le monde du football… à quel point c’est un monde hypocrite et radin ! »

On est évidemment estomaqué par cette déclaration pour le moins inattendue, mais Ballou nous rassure en nous expliquant qu’il a su faire fi de cette mauvaise foi et qu’il a rapidement su s’imposer aux yeux des différents entraîneurs.

« Ce qui m’a facilité les choses, c’est que j’ai été attentif. J’ai toujours fait ce qu’ils me demandaient de faire et je n’ai jamais essayé de me comparer aux autres. […] En même temps, je savais que si le Barça est venu me chercher, ce n’est pas pour rien ! Cet épisode m’a vraiment aidé à être plus fort et m’a appris que je ne devais pas m’approcher de certaines personnes. »

Et encore là, il faut dire que Ballou n’était pas au bout de ses peines.

Outre la concurrence à l’interne qui le froisse un peu, une autre désillusion attend le jeune prodige québécois le 27 mai 2018.  À l’issue d’un match sans histoire qui se solde par un nul de 0-0 au domicile de l’Albacete Balompié, le Barça B est relégué en troisième division espagnole…

Difficile de blâmer Ballou pour cette descente aux enfers. L’athlète est arrivé au club alors qu’il ne restait qu’une poignée de matchs à jouer à la saison et il « n’a pas vraiment eu son mot à dire sur le terrain ».

Toujours est-il qu’à ce moment-là, le doute s’installe forcément dans son esprit…

« Là, je me dis : "Attends… J’arrive au Barça et on est en troisième division ? C’est sérieux ?". Je me demande si je devrais rester… si j’ai vraiment pris la meilleure décision en venant ici. »

Mais comme tout athlète qui touche enfin du bout du doigt son rêve, Ballou ne souhaite pas perdre du terrain.

« J’aurais pu décider de partir directement même si je venais juste d’arriver… Mais j’ai décidé de me donner le temps… qu’avec un peu de patience, les résultats viendraient d’eux-mêmes », nous explique-t-il en nous dévoilant un visage plus déterminé.

« Et c’est normal que je n’aie pas un parcours en ligne droite, reprend-il aussitôt. Je suis jeune ! Laisse le temps ! C’est un passage. C’est un processus. Regarde Didier ! Il n’est pas allé directement à Chelsea. Il n’est pas devenu comme ça une légende. Il a galéré. Il a travaillé. »

Pour un joueur dont la patience n’était pas la plus grande vertu à Montréal, force est d’admettre que son expérience européenne l’aura assagi.

« J’ai vraiment grandi par rapport à ça… par rapport à quand j’étais à l’Impact, consent-il. Oui, il y a eu des malentendus et oui, c’est ce qui va rester, mais je dois l’accepter. Ici [à Barcelone], personne ne me prend par la main. Et ça, ça m’a vraiment aidé à évoluer en tant que joueur et en tant que personne. […] Ma première année au Barça, avec tout ce qui s’est passé, ça a vraiment été du personnel, du travail sur moi-même. »

Aujourd’hui, en faisant le bilan de ses réalisations au Barcelone B, Ballou estime que sa décision était la bonne et que cet épisode lui aura été bénéfique.

« Rester, finalement, ça m’a beaucoup apporté. C’est sûr que le Barça B, ce n’était pas le niveau que je souhaitais, mais le bonus que j’avais, c’était que je pouvais m’entraîner tous les jours avec la première équipe et peut-être même avoir la chance de jouer un match avec elle, souligne-t-il. En bout de ligne, j’ai joué la présaison et ça m’a ouvert des portes. »

La patience du Québécois est effectivement récompensée à mi-chemin pendant sa deuxième saison avec le Barça B lorsque le même Albacete Balompié qui l’avait rétrogradé quelques mois plus tôt réclame ses services pour « faire la montée en première division ».

Ballou nous dit qu’il était content, sur le coup, de joindre les rangs d’une équipe de plus haut calibre, classée 4e de la Segunda División et bien lancée dans la course vers la promotion en Liga. Serait-ce enfin l’opportunité de briller qu’il attendait tant ?

Mais en l’absence de temps de jeu avec le club de deuxième division, le joueur vit une fois de plus une expérience en demi-teinte et il est de nouveau forcé de prendre son mal en patience. Ballou ne fait, au final, que deux apparitions sous les couleurs de l’Albacete au cours des cinq mois qu’il y passe et le club met fin à son prêt au terme de la saison.

On ne peut alors qu’imaginer l’exaspération que suscite cette énième déception… Mais Ballou, stoïque, encaisse encore une fois le coup et fait preuve à nouveau de maturité.

« Je suis déçu, bien sûr, de ne pas avoir joué à Albacete, mais là, je retourne au Barça où j’ai beaucoup appris. Et même si je n’ai pas autant de temps de jeu que je le voudrais, je suis là, j’apprends le football et je m’entraîne avec les plus grands joueurs au monde. Je sais qu’il y a beaucoup de jeunes qui voudraient être à ma place alors je ne me plains pas. Je suis vraiment content d’où je suis, du club, de la ville, des gens qui m’entourent. »

En fin de compte, même si ses débuts européens ont été laborieux, Ballou nous explique que la vue du terrain du Panellinios lui fait réaliser l’ampleur du chemin qu’il a parcouru jusqu’à maintenant. Et aussi sinueux et truffé d’embûches puisse-t-il être, cela ne fait que le motiver encore plus.

Le jeune homme est bien conscient qu’il se trouve à la porte de la plus grande scène d’Europe et reste convaincu que les différentes épreuves qu’il a surmontées lui permettront de trouver la clé qui lui permettra d’en franchir le seuil.

Et puis, si jamais ce n’est pas au Barça, sa vision pour l’avenir est à la mesure de son talent : « Comme je l’ai toujours répété, un jour, je veux être dans un club où je serai le meneur, où je serai le capitaine. Je veux jouer pour un club qui aura confiance en moi et sur lequel je laisserai mon empreinte… comme l’a fait Didier à Chelsea ou Patrice à Montréal ! Là, je suis encore jeune. J’ai encore beaucoup à faire et encore beaucoup à prouver. Ce sont des situations qui arrivent et ça fait partie du processus. Dans les moments plus difficiles, je dois garder la tête haute, être fier d’où je suis, mais aussi d’où je viens. »

Pour tout dire, cette rencontre aussi fascinante qu’inoubliable avec Ballou Tabla ne fait que nous faire apprécier davantage le joueur qui a généreusement partagé avec nous sa courageuse traversée des incontournables rites de passage vers la célébrité. Et par-dessus tout, elle nous remplit d’espoir de voir un autre jeune de chez nous fracasser les plafonds du soccer nord-américain pour nous représenter fièrement, à son tour, sur la plus grande scène du monde.

Photo: Victoire* Notre culture soccer

Source: Photo: Victoire* Notre culture soccer

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