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Festival international de jazz de Montréal

Guitares incendiaires et cuivres explosifs

Guitares incendiaires et cuivres explosifs
Ibrahim Maalouf et son groupe on été spectaculaires à souhait. / Marie-Emmanuelle-Laurin/Festival de jazz

S’il y avait une affiche en salle qui était fort attendue cette année lors du 43e Festival international de jazz de Montréal, c’était bien celle qui mettait en vedette Buddy Guy.

Le légendaire bluesman qui aura 87 ans le 30 juillet, a enregistré sa première chanson le 30 mai 1957 à Bâton-Rouge, en Louisiane. Il se pointait vendredi à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts avec sa tournée d’adieu Damn Right, Farewell, clin d’œil à son album-phare de 1991, Damn Right, I’ve Got the Blues.

Benoît Rousseau/FIJM

Source: Benoît Rousseau/FIJM

Dernière tournée? Mmm… Il semblait dire le contraire quand il a lancé entre deux classiques : «Je ne vais pas arrêter. Je ne sais rien faire d’autre».

Le jeune «Kingfish»

Cela dit, des centaines de spectateurs présents attendaient avec autant d’impatience l’invité en première partie, Christone «Kingfish» Ingram, originaire de Clarksdale, là où était né Sam Cooke.

À 24 ans, le jeune guitariste américain naif du Mississippi a déjà deux disques derrière lui et une foule d’admirateurs qui voient en lui l’héritier des grands de l’idiôme.

En 45 minutes, celui qui avait charmé les festivaliers durant deux sets d’une heure jeudi soir sur une scène extérieure, a brillé de tous ses feux. Avec ses jeans délavés et ses bottes de travail, le jeune colosse a plus l’air d’un déménageur que d’un guitariste. Et, justement, ses compositions déménagent à souhait.

Victor Diaz Lamich/FIJM

Source: Victor Diaz Lamich/FIJM

« Kingfish » a beau être sur surnom, c’est Fisherprice qui me venait en tête quand je le voyais manier sa guitare tellement elle ressemble à un jouet dans ses mains... Mais l’instrument n’était point factice, à entendre les longues tirades de notes qui s’envolaient vers le plafond.

Quand il joue, Ingram et sa bonne bouille font penser au bonheur ressenti dans le temps par B.B. King. Le jeune homme a une voix qui a du coffre et quelque chose comme une touche qui porte déjà sa signature, lorsqu’il triture ses cordes durant Midnight Heat, 662 ou Long Distance Woman.

Le blues au corps

Une demi-heure plus tard, Buddy Guy a mis la table avec Damn Right, I’ve Got the Blues avec un volume sonore à 12 sur une échelle de dix. Vêtu d’une salopette comme celle portée sur la pochette de son disque Feels Like Rain (1993), de sa chemise à pois et d’une casquette, Guy est toujours capable de nous offrir des solos mordants dignes d’une tronçonneuse, et d’autres, d’une délicatesse infinie. L’étendue de son spectre musical sur le manche de sa Fender est l'égal de la teneur historique des titres proposés.

Qui diable, en 2023, peut interpréter des chansons écrites ou popularisées par Willie Dixon (I’m Your Hoochie Coochie Man), Muddy Waters (She’s Nineteen Years Old), Otis Rush (Crazy ‘Bout You) et John Lee Hooker (Boum Boum) – pour ne nommer que ceux-là – et qui peut aussi se targuer de les avoir connus et cotôyés?

Benoît Rousseau/FIJM

Source: Benoît Rousseau/FIJM

Entre la classe de maître et la leçon d’histoire, Guy a ponctué ses interprétations de son humour pince-sans-rire – on ne sait jamais s’il rit avec nous où s’il se moque gentiment de nous -, de son cabotinage parfois exagéré et de ses tics habituels : jouer de son instrument avec ses mains, ses dents, son corps – connotation sexuelle -, ainsi qu’avec une baguette et une serviette pour les premières mesures de Sunshine of Your Love.

Disons qu’on aurait pris un peu plus de musique et un peu moins «d’effets» de spectacle, ici et là, durant quelques chansons. Mais voilà, cela fait deux bonnes décennies que le Monsieur fait ça. C’était différent dans l’autre siècle, on vous l’assure. Mais on ne va pas le changer à son âge. Paradoxalement, la majorité des spectateurs adore ça…

Le bluesman a fait référence à ses passages d’antan à Montréal quand il venait jouer au Rising Sun avec Big Mama Thornton et à sa mission de continuer à jouer le blues de ses contemporains disparus. Sa complicité avec le public était parfois belle à voir, notamment durant I Just Wanna Make Love To You et Feels Like Rain, et ce, dans deux registres pourtant bien différents.

Il a même invité Ingram à venir le rejoindre en fin de concert où il a cédé toute la place à son jeune héritier. Globalement, un superbe dernier (?) passage, où nous avons vu le passé (Guy) et l’avenir (Ingram) conjuguer au présent.

L’explosion Maalouf

Nous étions très au présent, jeudi, sur la Place des Festivals, lorsque le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf et ses collègues sont venus clore la première soirée sur le bitume qui a été arrosé une bonne partie de la journée avant que la pluie ne fiche le camp.

Marie-Emmanuelle Laurin/FIJM

Source: Marie-Emmanuelle Laurin/FIJM

Bien décidé à unir les festivaliers dans la communion musicale et dans l’échange, Maalouf a offert une dynamique prestation qui comprenait tous les éléments qui ont fait son succès, soit une forme de jazz élargi de nombreuses tendances (funk, pop, rock, hip-hop).

Pour Nomade Slang, un motif répétitif tissé par les cuivres revenait comme une boucle. Durant Right time, les échanges arabisants et musclés entre les trompettes (Maalouf et Yacha Berdah) et le saxophone (Mihai Pirvan) nous donnaient - presque - l’impression de voir l’équivalent d’un Metallica jazzistique.

À l’inverse, l’interprétation de True Sorry a été d’une beauté rare, Maalouf et ses collègues arrivant à faire taire 90 pour cent de la foule gigantesque qui buvait les notes. Un tour de force en soi. Money nous a offert un compromis jubilatoire entre le hip hop et la guitare mordante de François Delporte, tandis que l’exubérante brésilienne Flavia Coello est venue se joindre au collectif pour un El Mundo qui a fait danser des milliers de festivaliers sans retenue.

Frédérique Ménard-Aubin/FIJM

Source: Frédérique Ménard-Aubin/FIJM

Maalouf, qui a rappelé avoir joué avec Lhasa de Sela il y a près de 20 ans au festival, a transformé Feeling Good en chanson à répondre avec les spectateurs. L’ensemble a poursuivi sa séquence explosive avec Speechless qui comprenait des extraits du discours de Charlie Chaplin dans le film The Dictator. Ça s’est terminé à 23 heures après une Red and Black Light qui a fait danser quiconque à distance d’écoute de la grande scène.

« C’est incroyable pour un instrumentiste de se retrouver devant tant de monde qui viennent entendre de la trompette », a-t-il dit, durant sa prestation.

Pour de la trompette de ce calibre, on va se déplacer n’importe quand.

Le duo de feu

Samedi soir, les guitares étaient de nouveau à l’honneur à la salle Wilfrid-Pelletier. Bon choix de parcours, finalement, en raison des orages qui se sont abattus sur Montréal. Durant deux heures (18h à 20, environ), toutes les scènes extérieures ont été à l’arrêt.

Rien de ça à la Place des Arts où Rodrigo Y Gabriela ont mis le feu avec leurs guitares incendiaires, acoustique ou électrique. À priori, la grande Wilfrid-Pelletier, ça semble un peu grand pour un duo de guitaristes, mais pas pour celui-là.

Les Mexicains ont beau être de formation classique, ils jouaient dans un groupe de trash-métal avant de créer leur propre entité au début du siècle. Ça explique la musique de fond hard et métal qu’on entendait avant le début de la représentation.

Benoit rousseau/FIJM

Source: Benoit rousseau/FIJM

Lui, c’est Rodrigo Sanchez, guitare majoritairement électrique samedi soir et soliste à temps plein. Elle, c’est Gabriela Quintero, guitariste rythmique… et bien plus.

Fascinante, la musicienne utilise une technique où elle tient la rythmique sur ses cordes et, en alternance, elle frappe avec la même main sa caisse de résonance afin de se suppléer à la batterie. Tout ça, avec l’air d’être en transe et ses cheveux qui vont dans tous les sens… comme dans les groupes de métal.

Durant une heure et demie, le duo a interprété en intégralité les compositions de leur tout nouvel album In Between Thoughts… A New World et des succès d’antan au rappel. Les compositions aux rythmiques galopantes succèdent à celles aux tempos trépidants. Les deux instrumentistes se complètent à merveille. Même si c’est Rodrigo qui peut s’exprimer avec le plus de nuances selon la guitare choisie, les variantes de solos et les styles (racines folk, ossature métal, effluves surf, enveloppes western-spaghetti), c’est Gabriela qui fait le plus souvent le spectacle.

Benoit Rousseau/FIJM

Source: Benoit Rousseau/FIJM

Derrière eux, quelques projections mouvantes monochromes sont venues soutenir telle ou telle composition, mais le plus souvent, la fougue du duo et la puissance des instrumentations ont largement suffit à capter l’attention. Au rappel, Rodrigo y Gabriela a interprété des chansons qui ont parsemé son parcours depuis ses débuts et tout le monde était debout, sautait et battait la mesure devant un Rodrigo en feu et une Gabriela déchaînée.

La fiesta totale, quoi.

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