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GP de Russie : le retour des courses truquées

GP de Russie : le retour des courses truquées
Lewis Hamilton pose la main sur l'épaule de son coéquipier, Valtteri Bottas, lors de la courte cérémonie après la course, dimanche.
Photo: AP/Sergei Grits

On sait maintenant que Lewis Hamilton sera à nouveau couronné champion à la fin de la saison et qu’il deviendra du même coup le deuxième pilote de l’histoire de la Formule 1 à cumuler cinq titres mondiaux, rejoignant ainsi l’immortel Fangio.

Ce sont là les ingrédients d’une belle et bonne histoire, mais ce qui s’est passé aujourd’hui, au Grand Prix de Russie, a gâté la sauce. Alors qu’il reste encore cinq courses au calendrier, les dirigeants de la F1 ont tué le suspense, littéralement.

Bien sûr, c’est le directeur de Mercedes Toto Wolff qui a ordonné au meneur, Valtteri Bottas, de laisser passer son coéquipier Lewis Hamilton. Je le sais, vous le savez… nous avons tous regardé la même course. Le grand patron de la F1, Chase Carey, et son bras droit, Ross Brawn, cautionnent cependant ces tactiques déplorables, qui faussent à la fois le déroulement et l’issue des Grands Prix. Et ultimement, le championnat. Or, ce sont eux qui sont imputables.

Remarquez, il fallait être un peu naïf, idéaliste, puriste (ou toutes ces réponses) pour espérer un changement à cet égard; quand on sait que le grand patron de la FIA est un certain Jean Todt, architecte de ces courses truquées – appelons les choses par leur nom – à l’époque où il régnait chez Ferrari. Et qui était son stratège en chef ? Ross Brawn, aujourd’hui directeur technique de la F1. Toute est dans toute, comme disait le poète… 

AP - Bottas et Hamilton

Source: AP - Bottas et Hamilton

N’empêche que les naïfs, idéalistes et autres puristes ont eu raison de rêver. Au cours des trois premières saisons de l’ère hybride (2014, 2015 et 2016), Mercedes, dont la supériorité sur les autres écuries était en tout point comparable à celle de Ferrari au début des années 2000, a laissé ses deux pilotes se battre. La cohabitation Hamilton-Rosberg a certes été difficile, mais au moins, il n’y avait pas de porteur d’eau désigné, comme c’était le cas chez Ferrari. Rosberg n’a jamais été réduit au rang de faire-valoir comme l’avaient été Irvine, Barrichello et Massa pour Michael Schumacher.

Ces années, ne l’oublions pas, ont été les pires de l’histoire de la F1. Le Grand Prix d’Autriche 2002 étant le point culminant. Rappelez-vous : le meneur de la course, Rubens Barrichello, avait été forcé – à son grand déplaisir – de laisser passer Michael Schumacher dans le dernier virage du dernier tour… C’était laid, très laid. Tellement laid qu’un fan fini comme moi, qui vivait par et pour la F1 depuis l’adolescence, l’a boudée pendant près de 10 ans. Et je n’ai sûrement pas été le seul.

À l’inverse, les championnats de Hamilton et Rosberg n’en ont été que plus méritoires. Ils se sont battus à armes égales, comme Prost et Senna à l’époque McLaren; et contrairement à ces derniers, ils l’ont fait de façon plus élégante. Bien sûr, il y a eu des frictions inévitables avec deux pilotes à statut égal. Mais, leurs accrochages n’ont pas déterminé l’issue du championnat. Comme Senna et Prost, Hamilton et Rosberg se sont, eux aussi, tirés mutuellement vers le haut et leur lutte fratricide a fait d’eux de meilleurs pilotes.

Pourquoi ce changement de cap chez Mercedes ? Leurs dirigeants ont déjà évoqué l’épuisante et difficile gestion de deux pilotes de pointe. Soit. Mais, cette excuse ne tient plus depuis l’année dernière : le remplaçant de Rosberg, Valtteri Bottas, est le parfait numéro 2, fiable et docile.

Si c’est pour gagner le championnat au plus vite, c’est une bien piètre excuse, qui mériterait d’être sanctionnée, car elle tue l’essence du sport. À quoi servent les dernières courses du calendrier si on essaie par tous les moyens de sécuriser le championnat aux trois quarts de la saison ? Pourquoi acheter des billets pour y assister ? Pourquoi perdre son temps à les regarder à la télévision ?

Mercedes veut remporter les deux titres (pilotes et constructeurs) parce que cela se traduit en espèces sonnantes et trébuchantes. Soit (bis). Le sport professionnel, toutes disciplines confondues, est un gros business; je le sais, vous le savez. Les amateurs sont lucides et ils acceptent cette partie de l’équation. C’est justement là où le bât blesse : pas de suspense = moins d’audience. Et moins d’audience = moins d’argent. Pour tout le monde, y compris les écuries.

Lewis Hamilton est un des plus grands pilotes de l’histoire de la F1. Il a gagné quatre championnats en battant ses adversaires à la régulière. Il n’a pas besoin qu’on lui facilite la vie en lui cédant le passage : il est payé pour ça et il le fait brillamment, avec tout le panache qui est le sien. Et les amateurs paient pour le voir se battre avec les meilleurs. De toute façon, il sera champion et Mercedes aussi, c’est écrit dans le ciel. Mais leurs conquêtes n’auront pas le même lustre que celles des saisons précédentes.

Tout ça est bien regrettable, pour la F1 et pour ses fidèles. Ironie suprême, Sotchi aura été le théâtre de cette course truquée.

Le poète avait raison : toute est dans toute…

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