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Le Parti libéral a-t-il débuté sa campagne avant le déclenchement des élections?

Le Parti libéral a-t-il débuté sa campagne avant le déclenchement des élections? Photo: La Presse canadienne
Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, se fait prendre en photo par une étudiante montréalaise.

MONTRÉAL — Le Parti libéral a-t-il débuté sa campagne avant le déclenchement des élections? C'est du moins ce qui ressort d'une analyse de La Presse canadienne, qui révèle que le gouvernement de Philippe Couillard a multiplié les annonces deux semaines avant le début du sprint électoral.

Entre le 1er janvier et la dissolution de l'Assemblée nationale le 23 août, le gouvernement a transmis aux médias 2208 communications, dont 1018 (46%) étaient des reprises, c'est-à-dire un rappel d'une invitation déjà publicisée au moins une fois.

Lorsqu'on fait fi des reprises, 854 des 1190 invitations émanaient de cabinets de ministres, soit une moyenne de 3,63 communications par jour.

Notre analyse révèle cependant que la fréquence des invitations aux médias des cabinets ministériels communications a bondi à l'aube du déclenchement des élections.

Du 6 au 23 août, on dénombre en effet pas moins de 119 invitations aux médias, soit 10% du total des invitations envoyées depuis le début du mois de janvier. Pendant cette période, on atteint une moyenne de sept invitations par jour, près du double de la moyenne pour le reste de l'année.

«Il faut voir ici un effet des élections à date fixe, c'est-à-dire que le début de la précampagne est arrivé plus tôt que les années précédentes et que le gouvernement ne s'est pas gêné pour utiliser la machine gouvernementale pour faire campagne et faire des annonces», affirme Éric Montigny, professeur et chercheur associé à la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires à l'Université Laval.

Professeure à l'école de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, Catherine Côté se questionne sur la légitimité d'une telle méthode. «C'est normal pour un parti sortant, mais la question, c'est: à quel point c'est éthique ?», lâche-t-elle.

Manège connu

Pour la professeure Côté, il n'y a rien de très étonnant à cette façon de faire. Elle indique que «les partis au pouvoir ont toujours tendance à [multiplier les annonces avant une élection où ils se représentent.]»

Notre analyse révèle également la présence de deux importantes augmentations dans le nombre d'invitations envoyées à la fin mai et à la fin juin, suivis par une accalmie pour tout le mois de juillet et les premiers jours du mois d'août.

Éric Montigny, professeur et chercheur en politique à l'Université Laval, explique qu'«il y a une période où les gens suivent moins la politique. Donc on semble avoir donné un coup d'annonces au printemps, avant que la session [parlementaire] se termine, avant les vacances de juillet; et au retour des vacances de juillet.»

Éducation, santé et Anglade les plus prolifiques

Les cabinets qui ont invité les médias à davantage d'évènements pendant les deux semaines précédant le déclenchement de la campagne sont ceux du ministre de l'Éducation, du ministre de la Santé, et de la ministre de l'Économie et vice-première ministre, Dominique Anglade, avec respectivement 98, 95 et 83 évènements. Cela représente un total de 32,6 % du total des 846 évènements organisés par les cabinets.

La politologue Catherine Côté ne s'en étonne pas, puisque ce sont des pans du gouvernement qui touchent un grand nombre de personnes. «Par exemple, une annonce en éducation va toucher les enseignants, les parents. Ça fait beaucoup de monde qui va voter. Donc ils ont besoin de convaincre ces personnes-là», dit-elle.

Éric Montigny abonde lui aussi dans le même sens, précisant que ces trois thèmes sont d'ailleurs ceux qui se révèlent les plus importants pour les électeurs dans les sondages.

Les régions, importantes? Oui, mais…

En campagne, les quatre grands partis en lice pour les élections générales martèlent qu'ils se préoccupent des régions. L'analyse de La Presse canadienne révèle que même si les évènements qui se sont produits sont dispersés sur le territoire de la province, un bon nombre d'entre eux se déroule dans les grands centres.

M. Montigny voit toutefois les choses sous un autre angle, celui de la carte électorale. Selon lui, «on voit plus d'annonces dans les champs de bataille que dans les comtés qui sont davantage des châteaux forts».

«En région, ça peut compter davantage. Parce que la presse locale va en parler davantage, ça va avoir un effet plus direct sur les électeurs, les candidats de ces circonscriptions vont pouvoir relever ces éléments-là plus facilement», note la professeure Côté.

Invité à réagir à notre reportage, Le Parti libéral du Québec n'a pas voulu commenter.

Le Directeur général des élections (DGEQ) entend étudier le fonctionnement de cette élection à date fixe avant de partager ses recommandations.

La Loi électorale ne réglemente pas les dépenses des entités politiques et des tiers pendant la période précédant le déclenchement des élections, mais le fait pendant la campagne électorale.

«L'approche qu'on a privilégiée, c'est de voir comment les acteurs se comportent avant cette première élection générale à date fixe pour pouvoir s'appuyer sur des faits lorsque viendra le temps, s'il y a lieu, de faire des recommandations de changement à la Loi [électorale] pour venir, justement, baliser les dépenses préélectorales», indique Julie Saint-Arnaud, porte-parole du DGEQ.

 

Isabelle

Isabelle

avec Isabelle Maréchal

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