Des centaines de personnes contestent la nomination de Randy Cunneyworth
MONTRÉAL - Aux couleurs habituelles du Canadien de Montréal (CH) sont venues s'ajouter celles de la fleur de lys samedi soir devant le Centre Bell.
Écoutez le reportage Cogeco Nouvelles :
Quelques centaines de partisans de la Sainte-Flanelle et défenseurs du fait français au Québec s'y étaient donnés rendez-vous, peu de temps avant le début de la partie opposant le Canadien au Lightning de Tampa Bay.
Malgré un froid mordant, ils étaient plus de 500, selon les organisateurs, à être venus exprimer leur mécontentement face à la récente nomination d'un entraîneur unilingue anglophone, Randy Cunneyworth, à la tête du club de hockey montréalais.
L'unilinguisme de M. Cunneyworth a soulevé un tollé au sein de la population québécoise, les critiques face à cette décision n'ayant cessé de se multiplier.
La grande majorité des partisans de hockey qui convergeaient vers le Centre Bell ne se sont toutefois pas joints à la manifestation, quelques-uns refusant catégoriquement le drapeau québécois qu'offraient les militants du Mouvement Québec français (MQF) aux passants.
Les manifestants espéraient ainsi que les spectateurs agiteraient le fleurdelisé une fois assis dans les gradins. Les avis étaient partagés dans les files d'attente, certains Montréalais soutenant que c'était la victoire de leur club qui importait au final.
«Ce type de manifestation est totalement inutile. On parle d'un jeu ici, il n'y a pas de vie en danger. Alors pourquoi faire une polémique autour de ça?», a lancé Brian Doucette, ajoutant que la plupart des gens utilisaient des mots anglais pour discuter de hockey.
Le président du MQF, Mario Beaulieu, a soutenu que le déplacement de personnes au centre-ville prouvait que les Québécois étaient sensibles à l'anglicisation de l'unique club de hockey professionnel de la province. Il a ajouté que la direction du Canadien devrait témoigner d'un plus grand respect à l'égard de sa principale clientèle, compte tenu de l'importance accordée au hockey dans la Belle Province, qu'il a qualifié de «religion».
L'auteur Yves Beauchemin, qui était également sur place, a déclaré qu'il était temps, pour le Québec, de choisir s'il tener à demeurer francophone ou non. L'écrivain de 70 ans a souligné au passage ce qu'il a qualifié de médiocrité généralisée de la classe politique. Il a aussi déploré le fait que le premier ministre Jean Charest doive pratiquement quémander, selon lui, que la population soit servie en français.
L'un des organisateurs, interphone à la main, interpellait la foule en énumérant une série de sujets — comme le transport en commun, l'affichage au centre-ville, le Canadien et son président, Geoff Molson —auxquels les militants répondaient à l'unisson avec un «en français!».
Des manifestants avaient adopté les formules propres au hockey pour les messages qu'ils brandissaient sur des affiches, allant du «Le français est en désavantage au Centre Bell» au «Le français est en jeu».
Pour Guy Lafortune, la manifestation de samedi soir revêtait une grande importance, comparant le Tricolore au sirop d'érable aux titres des symboles québécois.
«Le mea culpa de Pierre Gauthier, je n'y crois pas, la décision était déjà prise. Il nous prend vraiment pour des imbéciles de penser qu'on ferait de l'à-plat-ventrisme», a-t-il également affirmé, en référence aux excuses prononcées à mots couverts cette semaine par le directeur général du Canadien.
M. Gauthier a plaidé qu'il n'avait jamais eu l'intention d'offusquer les francophones québécois, qui représentent la majorité des partisans de l'équipe. Il a également fait savoir qu'il s'assurerait que le futur entraîneur-chef permanent, qui sera connu la saison prochaine, soit bilingue.
Randy Cunneyworth, un ancien capitaine des Sénateurs d'Ottawa qui était le bras droit de Jacques Martin il y a encore quelques semaines, a été propulsé sous les feux de la rampe lorsque M. Gauthier, l'a nommé entraîneur-chef intérimaire. M. Martin a été remercié de ses services le 17 décembre dernier.
En deux ou trois occasions depuis sa nomination, lors de points de presse, Cunneyworth a prononcé de courtes phrases en français, mais ses rencontres avec les représentants de médias se déroulent en anglais.


