Nigeria: une attaque contre une mosquée fait cinq morts et six blessés
LAGOS, Nigeria - Cinq personnes ont été tuées et au moins six autres blessées lors d'une attaque lancée contre une mosquée et une école coranique dans le sud-ouest du Nigeria, a révélé mardi la Croix-Rouge du pays.
Les violences sont survenues mardi après-midi à Benin City, dans l'État d'Edo. Lundi, une foule en colère avait tenté d'incendier une mosquée dans la même ville, lors de la première journée d'une grève générale illimitée pour protester contre l'augmentation des prix du carburant après la suppression des subventions gouvernementales le 1er janvier.
L'attaque de mardi aurait été lancée en représailles pour les violences qui se poursuivent dans le nord musulman du pays.
Le coût du carburant a plus que doublé depuis l'abolition des subventions, le coût de l'essence passant de 45 cents le litre à 94 cents le litre. Le prix des aliments et du transport a aussi été emporté vers le haut, dans un pays où la majorité des gens survivent avec moins de 2 $ US par jour.
Ailleurs au pays, des jeunes en colère ont érigé des barricades enflammées à Lagos, la capitale commerciale du pays, près d'un secteur où résident des diplomates et les membres les mieux nantis de la société. La veille, au moins trois manifestants avaient été abattus par la police.
Plus de 10 000 manifestants s'étaient rassemblés lundi dans les rues de Lagos, pendant que des dizaines de milliers de personnes marchaient ailleurs au pays.
Les manifestants dénoncent aussi la corruption qui prévaut au Nigeria, en plus de réclamer une réponse plus musclée aux attentats commis par la secte musulmane Boko Haram.
Bola Adejobi, une manifestante de 53 ans, dit qu'elle n'est pas seulement venue manifester contre la hausse des prix du carburant. Pour elle comme pour de nombreux habitants, explique-t-elle, la grève générale est l'occasion de dénoncer la dureté des conditions de vie dans un pays qui figure pourtant parmi les grands producteurs pétroliers mondiaux, avec environ 2,4 millions de barils/jour. Mais l'argent du pétrole, souligne Bola Adeboji, n'a jamais été redistribué, et les habitants doivent supporter, entre autres, les coupures d'électricité permanentes, le manque d'eau potable et d'infrastructures.
«Il est grand temps que nous prenions en main le Nigeria, lance-t-elle. C'est arrivé en Égypte. C'est arrivé en Libye».
Les syndicats affirment que la grève ne prendra fin que si le gouvernement rétablit les subventions. Des vols continuaient toutefois à quitter l'aéroport international de Lagos et la production pétrolière ne semblait pas avoir été touchée.
L'Assemblée nationale a demandé au président Goodluck Jonathan de revenir en arrière et rétablir les subventions, supprimées selon le gouvernement pour faire des économies estimées à l'équivalent de 6,2 milliards d'euros par an.
Des écrivains célèbres, dont Chinua Achebe, ont publié lundi une déclaration de soutien à la grève. Le pays déjà en proie à de vives tensions religieuses et aux attentats de Boko Haram sombrera dans la violence et le chaos si le gouvernement n'agit pas, soulignent les signataires.
Le Nigeria avait recours à l'emprunt pour financer les subventions sur le carburant, ce qui ne pouvait plus durer, a plaidé lundi le ministre des Finances, Ngozi Okonjo-Iweala. «La Grèce en est là parce que pendant des années, ils n'ont pas fait ce qu'il fallait. Ils n'ont pas cessé d'emprunter et emprunter pour financer le développement. Nous ne pouvons pas faire la même chose», a-t-il dit.
Le musicien Seun Anikulapo Kuti, fils du chanteur disparu et légende de l'afrobeat Fela Anikulapo Kuti, souligne à quel point l'essence est vitale pour les Nigérians. «En Occident, l'essence, c'est pour votre voiture. En Afrique, et spécialement au Nigeria, l'essence, c'est votre vie. Il n'y a pas de lumière sans essence. Tout le monde a un groupe électrogène», explique-t-il.


