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François Legault aurait-il pu bloquer la vente de Provigo?

Hier, lors du face à face Charest-Legault, à TVA, le premier ministre a reproché à François Legault de n'avoir rien fait pour empêcher la vente de Provigo à Loblaws, en 1998, même s'il était en désaccord avec la décision de son chef de l'époque, Lucien Bouchard.

Rétablissons certains faits...

Après avoir quitté la direction d'Air Transat, en 1997, François Legault est allé siéger sur plusieurs conseils d'administration, dont celui de Provigo. À cette époque, Provigo est le géant de l'alimentation au Québec avec 26% des parts de marché et 244 magasins. La Caisse de dépôt et placement du Québec détenait d'ailleurs 35% des parts de l'entreprise qui était considérée comme un fleuron de l'économie québécoise.

Survient alors le géant ontarien Loblaws, propriété de la richissime famille Weston, qui cherche à percer un marché qui lui échappe toujours, celui du Québec. L'affaire est d'autant plus intéressante que depuis quelques années Provigo tente d'étendre ses affaires au marché ontarien par l'entremise de sa filiale Loeb qui compte 97 épiceries. Loblaws pourrait donc faire un coup double en éliminant un concurrent et en devenant le seul joueur pancanadien de l'alimentation.

La famille Weston dépose donc une offre mirobolante de 1,6 milliard de dollars, à condition que 80% des actions lui soient cédées avant le 28 novembre 1998. Aveuglé par cette somme d'argent, le conseil d'administration de Provigo recommande l'acceptation de l'offre à la presque unanimité.

«En 1998, je suis le seul sur le conseil d'administration à être contre la vente (de Provigo) à Loblaws», dit François Legault. C'est là que les choses se bousculent.

Lucien Bouchard lui propose de faire le saut en politique et de devenir son ministre de l'Industrie, du commerce et de l'innovation. François Legault accepte l'offre et entre au cabinet le 23 septembre 1998, quelques jours seulement avant le déclenchement des élections. Il se retrouve donc de l'autre côté du miroir avec toujours les mêmes appréhensions face à la vente de Provigo à Loblaws.

Pour contenter les opposants à la transaction, la Caisse de dépôt exige que la marque Provigo soit conservée au Québec et que Loblaws maintienne aussi l'important réseau d'approvisionnement québécois. Elle demande aussi que la priorité soit accordée à Métro-Richelieu, l'achat de toutes les épiceries Loeb que Loblaws pourrait vendre en Ontario.

Malgré ces conditions, François Legault est toujours contre la transaction. «La journée de l'élection (30 novembre 1998), Provigo est vendue. Je dis à M. Bouchard que je ne suis pas d'accord avec cette vente-là», explique-t-il.

C'est dans ce contexte que François Legault a été impliqué dans la vente de Provigo.

Hier soir, lors du débat, Jean Charest lui a reproché de ne pas s'être levé pour défendre ses principes. «Si vous étiez contre et que vous étiez ministre dans le gouvernement, vous auriez dû assumer vos responsabilités et démissionner», a lancé le premier ministre.

Après le débat, François Legault a clos la controverse avec cette affirmation : «Écoutez, là, j'irai pas démissionner sur un siège social».

À vous de juger...


À propos de cette note

Cette page contient une unique note de Louis Lacroix publiée le 22 août 2012 13h45.

Jean Charest et la corruption est la note précédente de ce blog.

François Legault fait fuir Pauline Marois... est la note suivante de ce blog.

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