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Les bains de foule du premier ministre sont relativement rares dans cette campagne. Et quand Jean Charest s'en offre un, il s'assure de le faire en terrain ami. C'est ce qui s'est passé mercredi après-midi à Asbestos, dans le comté de Richmond, où se présente la fille du ministre démissionnaire Yvon Vallières.

Le chef libéral s'est présenté dans un petit centre commercial où il a pris la parole devant 150 personnes toutes gagnées à l'avance. Pas de carrés rouges à l'horizon, juste des gens qui croient que l'avenir économique de leur région passe par la relance de la mine Jeffrey, dans laquelle le gouvernement va injecter 58 millions. Tous des gens qui craignent que Pauline Marois leur retire la somme promise une fois arrivée au pouvoir.

Comme cet homme à qui je demandais comment il trouvait Jean Charest : «C'est le meilleur qu'on a jamais eu», a-t-il répondu spontanément.

- Est-ce que le fait qu'il ait annoncé 58 millions pour la mine, change quelque chose pour vous?

- Ben, ça va changer quelque chose s'il l'ôte. C'est de ça qu'on a peur, a-t-il répondu.

Évidemment, la position de Pauline Marois sur l'amiante ne trouve pas d'adepte dans cette région. Le matin même, la cheffe péquiste a promis qu'elle annulerait le prêt de 58 millions si elle était élue, mardi prochain.

- Elle peut faire ça, demande un badaud?

Un gouvernement peut tout faire puisque c'est lui qui fait et défait les lois. Dans ce coin de pays, ce ne sont pas les dangers de l'amiante qui inquiète, mais la perte de 400 emplois qui n'ont pas encore été créés.

Est-ce la fatigue? Pauline Marois a-t-elle trop parlé? Toujours est-il que la cheffe du PQ s'est de nouveau mise dans l'embarras dimanche matin, à l'issue de son point de presse quotidien avec les journalistes.

Voici le compte rendu presque fidèle des événements.

Pauline Marois était sur le point de terminer de répondre aux questions des journalistes, dans le parc Oscar-Peterson, dans le comté de St-Henry-Ste-Anne, représenté par Sophie Stanké.

Le vétéran-journaliste du Globe and Mail, Rhéal Séguin, s'est approché du micro. «Mme Marois, on amorce la dernière semaine de la campagne, est-ce que selon vous ça devient un choix idéologique entre socio-démocrates et la droite», a-t-il demandé.

«C'est sûrement un choix entre des progressistes et des conservateurs. Socio-démocrates ou droite, c'est une autre façon de le dire. Entre des souverainistes et des fédéralistes», a répondu Mme Marois.

Après l'explication de la cheffe péquiste, le journaliste poursuit : «quelle suggestion pourriez-vous faire, à ce moment-là, aux conservateurs souverainistes»?

Pauline Marois se tourne vers son attachée de presse, Marie Barrette. Dans un rire gêné, elle tente d'éviter de répondre à la question. «Marie, on me...», dit-elle confusément. Le journaliste insiste. «S'il vous plait, Mme Marois, c'est très important. Quelle suggestion faites-vous aux conservateurs-souverainistes»?

La cheffe péquiste n'a plus le choix. «Ah, ben, qu'ils fassent leur choix. Ils ont deux partis conservateurs devant eux», répond-elle.

Tout de suite, la horde journalistique s'emballe. Dans les autobus de campagne, on tentait de déterminer si Pauline venait d'en échapper une autre ou s'il s'agissait d'un malentendu. Les relationnistes de presse péquistes, présents dans chaque bus, ont eu tôt fait de relayer l'information à l'entourage de la cheffe, et quelques minutes plus tard, un impromptu de presse était appelé. Pauline Marois voulait rectifier le tir.

«Je m'excuse Rhéal, je n'ai vraiment pas entendu la question, je croyais que vous me demandiez ce que devaient faire les fédéralistes conservateurs», a suggéré Mme Marois avant d'ajouter : «Je dirigerai un gouvernement qui va être responsable. Le meilleur exemple, c'est mon cadre financier qui propose des solutions concrètes pour les personnes âgées, pour les familles, mais qui restent dans des sommes raisonnables, pour lesquelles la population a les moyens de payer».

Un journaliste l'a alors interrompue. «Mais elle (la question) a été posée deux fois, Mme Marois». «Ben je l'ai pas entendue. Qu'est-ce que vous essayez de prouver», a répondu Pauline Marois visiblement sur la défensive.

Voici donc les faits. À vous de vous faire votre idée. Était-ce un simple malentendu ou l'expression d'une pensée plus profonde de la cheffe péquiste? La question est lancée...

Alerte dans la caravane péquiste, samedi après-midi, alors que Pauline Marois faisait campagne dans l'Assomption, le comté de François Legault.

La cheffe péquiste se payait un bain de foule à l'école primaire Point du Jour où se tenait un tournoi de soccer mineur. Pendant que Mme Marois se faisait prendre en photo, entourée de d'enfants de 7 ou 8 ans, un garde du corps est venu glisser à l'oreille de son attachée de presse qu'un invité surprise, François Legault, s'en venait au même tournoi.

Il fallait voir l'entourage de la cheffe lui presser le pas pour Ă©viter un face Ă  face malheureux. Soudainement, Mme Marois n'avait plus le temps de serrer des mains, il fallait quitter les lieux au plus vite.

Ses gardes du corps lui ont fourni une Ă©chappatoire en approchant sa limousine personnelle qui n'est jamais bien loin. Au moment oĂą elle montait Ă  bord, deux des autocars de la caravane caquiste arrivaient.

L'incident peut paraître cocasse, mais il faut savoir qu'il existe un pacte de non-agression entre les chefs. La règle non-écrite fait en sorte qu'on ne fait normalement pas campagne dans le comté des autres. Par exemple, Pauline Marois n'est pas allée dans Sherbrooke, le comté de Jean Charest. Elle s'est cependant rendue dans celui de St-François, situé juste à côté.

Interrogée sur cet imper, l'attachée de presse de la cheffe du PQ, Marie Barrette, a expliqué que M. Legault n'était pas un élu. «À ce que je sache, il est pas député, lui», a-t-elle lancé en pointant du doigt une pancarte électorale de François Legault.

En fait, Pauline Marois s'est déjà fait servir la même médecine lors de l'élection partielle de 2007. Mario Dumont avait alors présenté un candidat dans le comté de Charlevoix où la cheffe péquiste venait de sacrifier Rosaire Bertrand, pour entrer à l'assemblée nationale. Jean Charest, de son côté, lui avait laissé le champ libre. Puis, l'année suivante, Mario Dumont était allé faire campagne dans Charlevoix pour appuyer son candidat Conrad Harvey.

Cet après-midi, la bravade de Pauline Marois a bien failli lui revenir en plein visage...

Hier, lors du face à face Charest-Legault, à TVA, le premier ministre a reproché à François Legault de n'avoir rien fait pour empêcher la vente de Provigo à Loblaws, en 1998, même s'il était en désaccord avec la décision de son chef de l'époque, Lucien Bouchard.

RĂ©tablissons certains faits...

Après avoir quitté la direction d'Air Transat, en 1997, François Legault est allé siéger sur plusieurs conseils d'administration, dont celui de Provigo. À cette époque, Provigo est le géant de l'alimentation au Québec avec 26% des parts de marché et 244 magasins. La Caisse de dépôt et placement du Québec détenait d'ailleurs 35% des parts de l'entreprise qui était considérée comme un fleuron de l'économie québécoise.

Survient alors le géant ontarien Loblaws, propriété de la richissime famille Weston, qui cherche à percer un marché qui lui échappe toujours, celui du Québec. L'affaire est d'autant plus intéressante que depuis quelques années Provigo tente d'étendre ses affaires au marché ontarien par l'entremise de sa filiale Loeb qui compte 97 épiceries. Loblaws pourrait donc faire un coup double en éliminant un concurrent et en devenant le seul joueur pancanadien de l'alimentation.

La famille Weston dépose donc une offre mirobolante de 1,6 milliard de dollars, à condition que 80% des actions lui soient cédées avant le 28 novembre 1998. Aveuglé par cette somme d'argent, le conseil d'administration de Provigo recommande l'acceptation de l'offre à la presque unanimité.

«En 1998, je suis le seul sur le conseil d'administration à être contre la vente (de Provigo) à Loblaws», dit François Legault. C'est là que les choses se bousculent.

Lucien Bouchard lui propose de faire le saut en politique et de devenir son ministre de l'Industrie, du commerce et de l'innovation. François Legault accepte l'offre et entre au cabinet le 23 septembre 1998, quelques jours seulement avant le déclenchement des élections. Il se retrouve donc de l'autre côté du miroir avec toujours les mêmes appréhensions face à la vente de Provigo à Loblaws.

Pour contenter les opposants à la transaction, la Caisse de dépôt exige que la marque Provigo soit conservée au Québec et que Loblaws maintienne aussi l'important réseau d'approvisionnement québécois. Elle demande aussi que la priorité soit accordée à Métro-Richelieu, l'achat de toutes les épiceries Loeb que Loblaws pourrait vendre en Ontario.

Malgré ces conditions, François Legault est toujours contre la transaction. «La journée de l'élection (30 novembre 1998), Provigo est vendue. Je dis à M. Bouchard que je ne suis pas d'accord avec cette vente-là», explique-t-il.

C'est dans ce contexte que François Legault a été impliqué dans la vente de Provigo.

Hier soir, lors du débat, Jean Charest lui a reproché de ne pas s'être levé pour défendre ses principes. «Si vous étiez contre et que vous étiez ministre dans le gouvernement, vous auriez dû assumer vos responsabilités et démissionner», a lancé le premier ministre.

Après le débat, François Legault a clos la controverse avec cette affirmation : «Écoutez, là, j'irai pas démissionner sur un siège social».

Ă€ vous de juger...

Jean Charest et la corruption

Le premier ministre a eu beau marteler le rapport Moisan durant le débat des chefs, il n'ose pas pour autant taxer le PQ de corruption.

Lors d'un point de presse à La Prairie, ce matin, le collègue Antoine Robitaille lui a demandé s'il trouvait que le PQ est un parti corrompu. Jean Charest a eu cette réponse : «Le rapport Moisan est très clair dans ses conclusions (...). Contrairement à ce que disait Mme Marois, hier, ils (le PQ) ont reçu de l'argent pis ils ont fermé les yeux».
«Oui, mais le terme corrompu», d'ajouter le journaliste du Devoir. «C'est un terme qui a été beaucoup employé dans les dernières années, par toutes sortes de monde, injustement (...). Moi, je trouve que cette cassette-là est usée», termine le premier ministre.

Le rapport Moisan date de juin 2006 et faisait suite au témoignage de l'ex-patron de Groupaction, Jean Brault, devant la commission Gomery. Brault avait alors expliqué comment il avait pu obtenir des contrats du gouvernement péquiste, entre 1995 et 2000, en échange de contributions à la caisse électorale du parti. À la page 9 du rapport, on peut lire : «Par l'entremise des employés de son entreprise ou par des achats de billets, Brault a versé des contributions au Parti québécois, à hauteur de 96 400 $. Le parti connaissait cette situation et il fermait les yeux».

Mais Jean Charest n'ose pas servir à ses adversaires la même médecine qu'ils lui ont servie depuis trois ans. Il sait sans doute que la commission Charbonneau lui réserve quelques surprises...

Un débat électoral, c'est un peu comme un combat de boxe. S'il n'y a pas de knock-out, c'est l'arbitre qui décide du gagnant. Mais comme l'arbitre c'est vous, il peut y avoir autant de gagnant que de protagonistes. Alors, pour se faire une idée plus claire, analysons ce que les chefs ont pensé d'eux-mêmes.

Il serait bien sûr prétentieux d'affirmer qu'on l'a emporté. Mais en même temps, on ne peut pas non-plus admettre qu'on a perdu ou accorder la victoire à son principal adversaire. Ce serait un aveu de faiblesse. François Legault et Jean Charest l'ont bien compris. En point de presse après le débat, les deux ont affirmé qu'à leur avis, c'est Françoise David qui avait le mieux performé.

En effet, la porte-parole de QS a livré une performance honorable. C'est celle qui est apparue le plus à l'aise, le plus naturelle et le plus calme. Il faut dire qu'avec 3% d'intentions de vote, elle n'avait pas grand-chose à perdre. Elle avait plutôt des choses à vendre et c'est justement ce qu'elle a réussi à faire. Elle a parlé d'écologie, de souveraineté, de transport collectif, de féminisme. Bref, les thèmes qui sont chers à son parti.

Jean Charest a bien tenté de la prendre en défaut sur le recours à des prêts personnels pour financer son parti, mais elle s'est bien tirée d'affaire en mentionnant que tout était légal, aux yeux du DGEQ. S'acharner eut été indécent de la part du premier ministre.
Avec toute la candeur qu'on lui connait, Mme David était la seule à pouvoir prétendre au titre de gagnante. «Je suis pas mal contente de ce que j'ai fait. C'était pas simple de se faire une place (...). Je tenais absolument à apporter les idées de Québec solidaire. Il me semble qu'à ce niveau-là, j'ai rempli le contrat», devait-elle admettre en point de presse.

La présence de Françoise David n'était peut-être pas si farfelue que cela après-tout...