(98,5 FM) - Québec envisage de confier à la Société des alcools du Québec la responsabilité de vendre la marijuana à usage récréatif sur le territoire québécois.

C’est l’un des scénarios envisagés par le comité interministériel mis sur pieds pour préparer l’entrée en vigueur de la loi fédérale, le premier juillet 2018. Mais attention, pas question d’utiliser le réseau existant de succursales, indique le ministre des Finances, Carlos Leitao.

« Vous ne retrouverez pas de cannabis aux côtés des bouteilles de vin rouge ou portugais », a-t-il prévenu la semaine dernière. Le gouvernement envisagerait plutôt de profiter de l’expertise développée par la SAQ pour créer un réseau indépendant de boutique destinée à la vente de marijuana.

« Le but, c’est de restreindre au maximum l’accès à la marijuana dans une perspective de protection de la santé publique », ajoute le ministre. Québec pourrait ainsi profiter de l’expertise développée par la SAQ en matière de contrôle et d’identification de la clientèle, ce qui serait plus difficile à réaliser dans un réseau de distribution privé.

Selon nos sources, Québec pourrait aussi se tourner vers les pharmacies si l’enjeu de la santé publique devait être le critère retenu par le comité. Quoi qu’il en soit, Québec devra déterminer un mode de distribution et une structure de prix qui n’encouragera pas les consommateurs à se tourner vers le marché noir.

« Si le mode de distribution est trop strict, cela encouragera le marché noir. S’il ne l’est pas assez, on aura un problème de sécurité publique », estime un interlocuteur bien au fait du dossier.

D’ailleurs, Québec s’inquiète des coûts d’implantation de cette nouvelle politique et s’attend même à ce que les premières années soient déficitaires. « Il faudra implanter des programmes de prévention, de contrôle et d’encadrement, alors que nos revenus seront faibles, indique notre source. La taxe, au début, sera timide afin de tuer le marché noir », ajoute-t-elle.

Et Québec compte demander de nouveaux transferts fédéraux afin de compenser les nouvelles responsabilités qui viennent avec la légalisation du cannabis. « Ottawa devra partager ses profits avec le provinces », prévient-on.

Reste à savoir le niveau de taxation qui sera imposé aux consommateurs. Si la TVQ de 9,95 % s’appliquera d’emblée, le ministère des Finances songe à imposer une taxe d’accise, dans l’espace de taxation que lui laissera Ottawa. Cela suscite une autre réflexion au sein du comité interministériel : est-il moralement acceptable que l’État s’enrichisse en vendant de la marijuana?

Quelques élus libéraux que nous avons consultés ne sont pas à l’aise avec l’idée de vendre du cannabis. « Est-ce que c’est le rôle de l’État de vendre ça », se demande un député qui désire ne pas être identifié. « Il ne faut pas oublier que le « pot » est illégal en ce moment. On pourrait se garder une gêne », conclut-il.